Situation et perspectives économiques de Shanghai : la ville poursuit sa transformation vers une métropole de services

Ajouté au 22/07/2012 par SHI Lei

L’économie de Shanghai a maintenu sa croissance en 2011 à 8,2 %, à un rythme plus lent que la moyenne nationale (+ 9,2 %), ce qui traduit un certain degré de maturité économique. Le dynamisme du secteur tertiaire (+ 9,5 %) et de la consommation (+ 12,3 %) ont contribué à la croissance, alors que le secteur secondaire a été moins vigoureux, et que l’investissement et le commerce ont pesé négativement.

2012 verra sans doute cette tendance se poursuivre, à l’instar de l’ensemble de la Chine. C’est à long terme que Shanghai doit faire face à l’enjeu principal de son développement : transformer un centre de production industrielle en une métropole de services et de valeur ajoutée, ouverte sur sa proche région comme à l’international. Or, si la ville a été capable de développer ses infrastructures de manière massive, son aptitude à s’intégrer au delta du Yangtsé et à s’ouvrir à l’international reste à confirmer. Des réformes restent encore nécessaires pour répondre pleinement à sa vocation de métropole internationale, notamment en matière d’attractivité et d’intégration des populations migrantes, pour réduire les pénuries actuelles et à venir de main d’œuvre.

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L’économie de Shanghai a crû de 8,2 % en 2011, soit moins que la moyenne chinoise (+ 9,9 %), tirée par les provinces de l’intérieur. A moyen terme, la ville va continuer à se repositionner comme un centre de services, à la fois aux niveaux international (centre financier), national (centre d’affaires) et régional (« tête du Dragon » du Delta du Yangtsé). Pour cela, une accélération des réformes est nécessaire, alors que celles-ci – au niveau financier notamment – semblent en panne.

1. Une croissance qui ralentit et force à une évolution du modèle économique

Shanghai a connu comme l’ensemble de la Chine, un ralentissement en 2011, plaidant pour l’évolution de son modèle de développement et l’accélération des réformes. La croissance a été pénalisée par un investissement en baisse (507 milliards RMB, – 4,7 %), handicapé par le recul de l’immobilier et, sans doute, « l’effet post-Expo ». Shanghai a pourtant bénéficié de budgets publics importants puisque les recettes (343 milliards RMB, + 19,4 %) et les dépenses (391,4 milliards RMB, + 18,5 %) ont progressé, en phase avec le budget national (respectivement, + 20,8 % et + 16,8 %). De même, le commerce extérieur, tiré par les provinces de l’intérieur, a progressé moins vite que la moyenne nationale pour les exportations (209 milliards USD, + 16 %, vs. + 20,4 %) et les importations (228 milliards USD, + 21 %, vs. + 25,1%). La part de Shanghai dans les échanges chinois (12 %) s’est donc à nouveau réduite. La consommation s’est montrée plus dynamique (ventes de détail de 678 milliards RMB, + 12,3 %), mais à un rythme moindre qu’en 2010 (+ 17,5%).

Le secteur des services (1 112 milliards RMB, + 9,5 %) a rebondi par rapport à 2010 (+ 5 %). Les services ont été portés par le commerce national de gros et de détail (+ 12,6 %) et le secteur financier (+ 17,7 %). Au-delà du ralentissement du secteur manufacturier, cette reprise souligne – et relance – la vocation de la ville à devenir une métropole de services. La part du secteur tertiaire dans le PIB s’est accrue (57,9 % vs 57 % en 2010) et reprend sa progression (52,6 % en 2007, 53,7 % en 2008 et jusqu’à 59,4 % en 2009) vers l’objectif d’atteindre 65 % en 2015 – qui semble désormais trop ambitieux – et 70 % en 2020. Les services emploient environ 60 % de la population active et génèrent près de 70 % des recettes fiscales de la ville.

En matière d’investissements étrangers, Shanghai reste la première destination en Chine. Ainsi, le nombre de sièges régionaux de sociétés étrangères est passé de 260 en 2009 à 305 en 2010, puis 353 en 2011 ; et le nombre de centres de R&D est passé de 304 à 319, puis 334. En revanche, au niveau industriel, la hausse des coûts de production incite les investisseurs à privilégier l’hinterland industriel que constituent les provinces du Jiangsu et du Zhejiang, voire les provinces de l’intérieur. Ainsi, si les investissements directs étrangers réalisés sont passés de 10,5 milliards USD en 2009 à 11 milliards USD en 2010, puis 12,6 milliards USD en 2011 (+ 13,3 %), une progression plus rapide qu’au niveau national, c’est le tertiaire qui attire l’essentiel des nouveaux investissements.

2. Une politique ambitieuse, notamment en matière d’infrastructures, pour se positionner sur les activités à valeur ajoutée, mais des réformes qui restent à effectuer

La municipalité ne cesse, depuis 25 ans, de programmer de nouveaux projets d’infrastructures. L’effort est particulièrement important en matière de transports urbains, avec une priorité accordée aux transports en commun. Ainsi, le réseau de métro est passé de 350 km en 2009 à 453 km en 2010 (soit plus que le réseau parisien), avec des objectifs fixés à 510 km en 2012 et à 780 km en 2020. L’effort porte particulièrement sur les infrastructures de transport, avec le port international, qui est passé en 2010 au 1er rang mondial pour le trafic de containers (passé à 31,7 M. EVP (équivalent vingt pieds), + 9,3 % en 2011, malgré le ralentissement du commerce), et les deux aéroports (l’aéroport international de Pudong qui verra sa capacité accrue de 30 à 80 M. de passagers en 2015, et le hub de Hongqiao, ouvert en 2010, qui illustre la vocation de Shanghai à relier le pays à l’international via ses connexions intermodales). Au total, le trafic passager a atteint 74,6 M. de personnes en 2010 (+ 3,6 % 3ème rang mondial ; 41,5 M. à Pudong et 33,1 M. à Hongqiao).

Shanghai fonde son avenir économique sur les industries à forte valeur ajoutée, dont le développement est appuyé par la R&D et l’innovation, et les services à haute qualification : en premier lieu, la finance, groupée dans le centre d’affaires de Pudong, mais aussi la logistique, le consulting et le tourisme.

Au regard de cet objectif, les résultats apparaissent mitigés : peu d’innovations financières de fond sont survenues, ces années : 2009 s’était close par l’ouverture du Chinext (le Nasdaq chinois) à Shenzhen ; le développement du marché du RMB offshore sur la place financière rivale de Hong Kong a constitué l’évolution majeure de 2010 et de 2011. En revanche, le lancement de la cotation d’entreprises internationales à Shanghai est reporté sine die et au moins à 2013. De même, la possibilité pour les entreprises étrangères d’émettre des obligations en RMB à Shanghai (“panda bonds”), très attendue pour financer leurs investissements en Chine, devra attendre des conjonctures économique et notamment financière plus porteuses.

L’intégration des non-Shanghaiens reste lente, notamment des ouvriers migrants (mingong), qui sont sous un régime de passeport intérieur (hukou) strictement contrôlé. Les autorités avaient annoncé en 2009 que l’accès au hukou de Shanghai serait facilité pour les personnes très qualifiées ; cette ouverture a été marginale.

Shanghai est engagée dans un effort de grande ampleur pour développer son attractivité. Outre les considérations de coûts, l’évolution démographique rend nécessaire l’attraction d’une main d’œuvre, qualifiée ou moins qualifiée (pour les services à la personne). Le nombre de résidents devrait atteindre 30 millions à l’horizon 2020. A réglementation inchangée, près du tiers de la population aurait alors plus de 60 ans, alors que la proportion est déjà de 20 %, deux fois plus élevée que la moyenne nationale. Accroître son attractivité, sur le plan national comme international, apparaît donc comme une obligation pour Shanghai.