Hollande : la presse chinoise entre doute et crainte

Ajouté au 08/05/2012 par SHI Lei

La Chine découvre « Ao-lang-de », Mr « Brillante Vertu Mystérieuse », depuis hier dans la presse officielle et à la télévision. Que dit-on du nouveau Président? Entre méfiance et peur de l’inconnu, petit tour des grands médias officiels chinois au lendemain de l’arrivée de François Hollande à la présidence de la République.

Si les dirigeants chinois avaient voté hier, ils auraient à l’évidence choisi Nicolas Sarkozy. Non pas amour pour l’homme, mais plus par peur de l’inconnu. Si les rapports avec l’ancien président ont été houleux pendant ces cinq années, avec le temps, la Chine avait appris à le connaître.

Mais Sa-er-ke-qi s’en est allé … Les Chinois vont maintenant devoir composer avec François Hollande, que tous surnomment déjà « Ao-lang-de », Monsieur « Brillante Vertu Mystérieuse ».

Pour l’heure, c’est le qualificatif « mystérieux » qui prédomine aux yeux des Chinois. D’une part, parce que François Hollande n’a jamais mis les pieds dans l’Empire du milieu, contrairement à Nicolas Sarkozy qui est venu pas moins de six fois en Chine, mais aussi parce que le nouveau président « a certes beaucoup de diplômes mais n’a jamais exercé à des postes élevés », comme l’explique un éditorial paru ce matin dans Chine Nouvelle, l’organe de presse du pouvoir.

« Monsieur Normal », inexpérimenté en matière de politique étrangère

« Compte tenu de son manque d’expérience, Hollande pourrait être moins enclin à montrer les muscles diplomatiques de la France, au contraire de Sarkozy qui a eu plusieurs succès de politique internationale, comme par exemple l’intervention militaire en Libye», poursuit Chine Nouvelle.

La politique étrangère de François Hollande, voilà ce qui intrigue… et inquiète les Chinois. A commencer par ses ambitions pour l’Europe.

Juste avant le second tour, des commentateurs de l’agence officielle Chine Nouvelle écrivaient : « Si Hollande l’emporte, il risque de s’opposer à la politique d’austérité et à la discipline économique. Et le plan de sauvetage de la crise des dettes européennes risque d’être malmené. Cela, la Chine en paierait les conséquences ».

Le China Daily, qui montre les mêmes inquiétudes dans ses pages au sujet de celui qu’il appelle « Monsieur Normal », précise d’ailleurs que « le savoir-faire diplomatique du nouveau président va être rapidement mis à l’épreuve », notamment au sommet de l’Otan prévu les 20 et 21 mai à Chicago, ainsi qu’à Mexico pour une réunion de G20 en juin.

Rien de neuf sous le soleil …

Si les Chinois auraient préféré la réélection de Nicolas Sarkozy, ils attendent circonspects, et curieux de voir ce dont est capable celui que le Matin du Guizhou a qualifié aujourd’hui par erreur de « Mu-lang-de », « le Nouveau roi de France »…

Et puis, tous ne lui sont pas hostiles. Le site Beifang, cité par Libération, le décrit ainsi comme un «monsieur gentil», surnommé «l’homme tranquille», dont la capacité à trouver un consensus serait le point fort et son défaut celui d’être indécis.

Toutefois, les préoccupations des dirigeants chinois sont ailleurs.

« L’élection française n’apportera aucun changement » titre, défaitiste, un éditorial du Global Times.

Pour le très officiel journal en langue anglaise, peu importe le résultat de cette élection, « un changement d’administration ne peut de toute façon pas générer la volonté nécessaire pour enclencher une réforme de la dette publique (…) Les hommes d’Etat cherchent à charmer les électeurs mais ne cherchent pas à mener une vraie réflexion ».