Les Chinois et les autres pays dans l’élection présidentielle en France

Ajouté au 23/04/2012 par SHI Lei

La présidentielle française a un écho qui va bien au delà de nos frontières. Même la Chine se laisse gagner par la fièvre électorale française. Et dans l’Empire du milieu, on affiche ses favoris.

En marge de l’élection présidentielle française, se trame un drôle de ballet diplomatique transfrontalier. Plus ou moins discrètement, certains chefs d’Etat ou de gouvernement étrangers s’immiscent dans la campagne, exprimant espoir ou crainte de voir l’un ou l’autre devenir le prochain président de la République française. Des soutiens qui traversent les frontières en raison notamment de l’existence de coalitions politiques internationales. L’enjeu pour une élection présidentielle ? Donner du poids à une candidature, un gage de crédibilité, prouver que tel ou tel est en mesure de représenter la France à l’étranger.

La première à être entrée dans la danse des “amitiés” de circonstances a été la chancelière Angela Merkel, qui avait annoncé fin janvier se tenir prête à participer aux meetings de Nicolas Sarkozy alors même que celui-ci ne s’était pas encore déclaré candidat ! Au match du plus grand nombre de soutiens publics étrangers, la défaite est cuisante pour François Hollande. Il n’a engrangé d’un seul chef de gouvernement : Elio di Rupo, le Premier ministre socialiste belge qui a assisté au meeting du candidat à Lille. Snobé par la plupart des dirigeants conservateurs d’Europe, François Hollande peine à convaincre, à moins que…

Depuis quelques jours, le vent semble tourner en sa faveur. Dans le même sens que les sondages ? Revenons un peu en arrière.

Solidarité entre dirigeants
Nicolas Sarkozy, président-candidat, affiche ostensiblement ses têtes d’affiches : Barack Obama, David Cameron, Angela Merkel… Oublié les mots vaches avec le président américain, les froids avec la chancelière allemande ou les désaccords profonds sur le traité européen avec le Premier ministre britannique. Prime au président sortant qui jouit de la solidarité de fait entre dirigeants.

Côté allemand, ce n’est pas vraiment une surprise. Dès le 6 février, Angela Merkel déclarait son affection inconditionnelle à Nicolas Sarkozy : “Je le soutiens car nous appartenons à des partis politiques amis […] Je le soutiendrais quoi qu’il fasse”. Nicolas Sarkozy avait alors sorti les grands moyens en convoquant les télévisions française, France 2, et allemande, la ZDF, à l’Elysée, pour une interview commune aux deux leaders.
Inquiète de voir François Hollande renégocier le pacte budgétaire européen, Angela Merkel s’engage ouvertement. Pour elle, la victoire de Nicolas Sarkozy est impérative. Règle d’or, politique fiscale, comportement à l’encontre de la Grèce… de nombreux points communs ont rapproché les deux personnes malgré des débuts difficiles. Selon le quotidien allemand “Der Spiegel”, elle serait même à l’origine d’un boycott de ses homologues britannique, italien et espagnol de François Hollande pendant la campagne.

Nicolas Sarkozy s’attire aussi les bonnes grâces de David Cameron. De passage à Paris le 17 février, il se prête au jeu de la déclaration d’amitié. “J’ai la chance de pouvoir souhaiter bonne chance à mon ami dans la bataille qu’il va livrer […] J’admire son courage, le leadership du président Sarkozy. Je pense qu’il a fait énormément de choses pour son pays”. Plus sage, il ne va pas jusqu’à faire un choix, mais l’intention est là.

“Sarko l’Americain” encore ?
De l’autre côté de l’Atlantique, le soutien est aussi implicite. Mais, l’aura flatteuse de Barack Obama est bien présente autour de Nicolas Sarkozy. En novembre 2011, lors du sommet du G8 organisé à Cannes, l’apparition des deux hommes pour une interview commune avait déjà des allures de pré-campagne. Les deux chefs d’Etat affichaient leur détermination commune pour trouver des solutions à la crise européenne mais l’opération de communication n’est pas passée inaperçue. Cela a été l’occasion pour l’un et l’autre de se complimenter s’appelant par leur prénom respectif, et concluant l’entretien par une franche poignée de main, comme Barack Obama sait le faire.
Depuis, c’est une affaire qui roule. Malgré quelques ombres au tableau, Nicolas Sarkozy a fait du “Sarko l’Américain”. Ultime show transatlantique, le président-candidat a autorisé des caméras à filmer une visio-conférence avec l’hôte de la Maison Blanche. Et les journalistes ont pu ainsi saisir un rare moment de sincérité. Répondant à un Barack Obama se disant admiratif du “combat” que le président français “mène” pendant sa campagne électorale, Nicolas Sarkozy lui a répondu : “You will win Mr Obama, you and me together”.

 

 

 
Dernier ralliement de poids en date : la Chine. Le pays communiste ne cache plus sa préférence pour Nicolas Sarkozy, jugeant François Hollande beaucoup trop anti-Pékin. Ce dernier ne s’est jamais rendu en Chine et Laurent Fabius dépêché sur son sol n’a été reçu par aucun haut responsable.

Officiellement Pékin n’a fait aucun commentaire. Mais le quotidien “Les Echos” rapporte que le vice Premier ministre, Wang Qishan, a confié à des patrons français qu’il souhaitait la réélection de Nicolas Sarkozy compte tenu de la gravité de la crise européenne. Interrogé par le “Nouvel Observateur”, le spécialiste de la Chine Jean-Luc Domenach estime que Nicolas Sarkozy est “le meilleur candidat possible parce qu’il est le plus faible” avant de continuer “il n’inspire que du mépris”.

Les Chinois ont fini par l’apprécier, alors que ce n’était pas gagné. La position de la France sur le Tibet notamment avait provoqué des incidents diplomatiques. Depuis, Nicolas Sarkozy a arrondi les angles. Paris a déroulé le tapis rouge pour Hu Jin Tao en 2010, le président de la république s’est rendu en terres chinoises 6 fois et ses ministres ont visité 19 fois Pékin.

Se préparer à Hollande ?
Mais, ce souffle en faveur de Nicolas Sarkozy semble retomber à l’approche du scrutin. Se rendant peut-être compte, qu’électoralement ces soutiens ne paient pas, le président-candidat s’est livré à différentes déclarations qui n’ont pas été du goût de tout le monde, à commencer par Angela Merkel. Le 15 avril dernier, Nicolas Sarkozy lance, au grand   étonnementde la chancelière, qu’il propose de modifier le mandat de la Banque centrale européenne. Si la Merkel n’a pas réagi, le gouvernement allemand a fait savoir le lendemain qu’il avait la “conviction profonde” que la BCE devait exercer son mandat de manière “indépendante”, ajoutant que sa position était “connu à Paris”.

Côté espagnol, la presse assure que les dirigeants, bien que conservateurs, ne verraient pas d’un mauvais œil l’arrivée de François Hollande. Le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy aurait très mal pris les critiques de Nicolas Sarkozy à l’encontre de sa politique. Le quotidien “La Vanguardia” écrivait le 29 mars : “Mariano Rajov a gagné les élections générales sans aucun appui étranger. Il ne participera pas à la campagne en France.”

Selon les “Echos”, le dirigeant n’apprécierait pas Nicolas Sarkozy qui aurait un jour “publiquement douté que la droite espagnole puisse gagner avec un tel leader, en raison de la relative absence de charisme de l’actuel occupant de la Moncloa”. Le 5 avril, le chef d’Etat français enfonce le clou en évoquant la “crise de confiance” dont souffre l’Espagne.

Autre argument : et si l’arrivée de François Hollande pouvait convaincre l’Europe de desserrer l’étau de la rigueur imposée par Bruxelles ?

En Italie, aussi, la réserve est de mise. Mario Monti évite de prendre position. Le Parti démocrate, qui soutient ce dernier au Parlement, a publiquement soutenu François Hollande.

Les dirigeants étrangers vont-ils retenir leur souffle au soir du 6 mai prochain ? In fine, le prochain président quelle que soit sa volonté de rupture ou de continuité, recevra les traditionnels messages de félicitations. Celui qui investira l’Elysée se prêtera au jeu diplomatique et à celui des rapports de force. Et les critiques ou soutiens de campagne seront sans doute vite oubliés au profit de la realpolitik.