Anonymous veut s’attaquer à la "grande muraille" du net chinois

Ajouté au 13/04/2012 par SHI Lei

Après le défacement de plusieurs centaines de sites chinois, dont quelques sites gouvernementaux mineurs, la semaine dernière, Anonymous prévient que la Chine reste dans sa ligne de mire.

Le collectif de cyber-activistes qui lutte pour la liberté d’expression sur le net en piratant divers sites institutionnels, a choisi sa cible : la grande muraille du net chinois, connu en anglais sous le nom de Great FireWall (GFW).

Le Great FireWall est un outil informatique dont s’est doté Pékin pour bloquer l’accès depuis l’intérieur du pays aux sites considérés comme subversifs. La muraille est la hantise des internautes chinois qui ne manquent pas une occasion de s’en moquer, de s’en plaindre ou de s’en prendre à Fang Binxing, son “créateur”.

Le compte Twitter @AnonymousChina, par lequel avait été annoncées et revendiquées les attaques de la semaine dernières, a affirmé ce lundi que le GFW ne “tiendrais pas longtemps”.

D’après le hacker F0ws3r, interrogé par Reuters, le collectif prévoit “d’autres attaques, plusieurs en même temps” avec comme but ultime “d’abattre” la muraille.

“Nous n’avons pas peur et nous allons révéler la vérité et nous battre pour la justice”, explique le hacker. F0ws3r précise que les cibles seraient cette fois plus importantes.

Le collectif de cyber-activistes Anonymous revendique le piratage de centaines de sites chinois, dont plusieurs sites gouvernementaux, tandis qu’un hacker proche de Lulzsec dit avoir rendu public les documents d’une société du secteur militaire.

 
Anonymous avait prévenu. Le collectif de cyber-activistes qui s’est déjà illustré par de nombreux piratages de sites privés ou institutionnels dans le monde avait annoncé depuis plusieurs jours des attaques massives sur des sites chinois. C’est en effet des centaines de pages qui affichent désormais des messages défendant la liberté d’expression, dont plusieurs sites gouvernementaux.

Teenage Wasteland

Le 30 mars, un compte Twitter « Anonymous China » était créée et relayait une liste de presque 500 sites cibles. L’attaque a été menée depuis le début de la semaine, touchant les pages officielles d’autorités locales de Chengdu, Dalian, Taishou, Zhongshan ou Jiazhou. Plusieurs d’entre elles n’ont toujours pas été rétablies.

D’après les hacktivistes, des adresses emails, numéros de téléphone et d’autres informations auraient été piratées, mais la plupart des sites ont simplement été « défacés » : leur pages de présentation affichent désormais un message signé Anonymous. Sur un fond noir et un tube symbolique des Who (Baba O’Riley), les cyber-activistes adressent un message en anglais au peuple et au gouvernement chinois, accompagné de la phrase « C’est dans le malheur qu’on reconnaît ses vrais amis », écrite, elle, en idéogrammes.

 

“Hack by Anonymous” La page que l’on trouve depuis quelques jours sur divers sites gouvernementaux mineurs chinoiscdcbd.gov.cn
“Le gouvernement contrôle l’Internet de votre pays et s’efforce de filtrer ce qu’il considère comme une menace pour lui-même. Soyez vigilants, utilisez des VPN pour votre propre sécurité.” lit-on toujours sur le site du quartier des affaires de Chengdu cdcbd.gov.cn, ou sur celui du district central de Dalian…

Une page de tutoriel, créée directement à l’intérieur du site visé par l’attaque explique comment se doter de moyen de contournement de la censure et donne des conseils de navigation sécurisée.

“Chacun d’entre vous subit la tyrannie d’un régime qui ne connait rien de vous. Nous sommes avec vous. (…) Nous devons tous se battre pour votre liberté.” lit-on au dessus d’une photo des fameux masques de Guy Fawkes.

Pas infaillibles

Anonymous s’adresse aussi directement au gouvernement chinois :

“Toutes ces années, le gouvernement communiste a soumis son peuple à des lois injustes et des travaux insalubres. Cher gouvernement, vous n’êtes pas infaillible. Aujourd’hui des sites web sont piratés, demain, c’est votre infâme régime qui tombera. Redoutez-nous, car nous ne pardonnons pas, jamais.”, préviens le message en référence à la devise du collectif, “Nous sommes Légion. Nous ne pardonnons pas. Nous n’oublions pas. Redoutez-nous”

«Ce que vous faites aujourd’hui à votre peuple vous sera demain infligé. Sans pitié. Rien ne nous stoppera, ni votre colère, ni vos armes. Vous ne nous faites pas peur, parce que vous ne pouvez pas effrayer une idée. »

 

Costume cravate et masque de Guy Fawkes, une des emblèmes désormais mondialement célèbre d’Anonymous.
La question du cyber-espionnage a régulièrement été un point de friction entre la communauté internationale et la Chine, que beaucoup accusent de ne rien faire voire d’encourager le piratage à des fins économiques ou de renseignement. Pékin s’est plusieurs fois défendu en affirmant que les sites chinois étaient eux aussi victimes d’attaques, bien que peu de cas aient été rendus publics.

C’est la première fois qu’une attaque informatique de grande envergure à des fins politiques est rapportée en Chine. Anonymous, un collectif non hiérarchisé et aux limites floues avait déjà revendiqué des actions de défense à la liberté d’expression liées au printemp arabe, aux mouvements Occupy!, au soutien de WikiLeaks ou de sites de téléchargements gratuits.

Hardcore Charlie

Dans un acte à priori sans connexion apparente avec la frappe d’Anonymous, des informations confidentielles d’une société chinoise d’import-export auraient été rendues publiques sur le net, d’après Reuters. « Hardcore Charlie » un hacker qui déclare être lié au groupe de cyber-activistes Lulzsec, dit avoir pénétré et « exploré » les serveurs de la compagnie pékinoise China National Import & Export Corp (CEIEC). Parmi les documents piratés et “leaké” sur les réseaux sociaux, des informations commerciales touchant au domaine militaire, CEIEC étant un sous-traitant de l’armée chinoise.

Comme c’est souvent le cas dans l’hacktivisme, on ne dispose que de très peu d’informations sur les auteurs ou les motivations de l’attaque. Reste que ces piratages interviennent peu de temps après un baillonnement sans précédent des réseaux sociaux en Chine. Pour éviter que des rumeurs de coup d’Etat ne se propagent, Pékin avait interdit les commentaires sur les sites de micro-blogs pendant 3 jours le week-end dernier.

Anonymous semble vouloir organiser une contre-offensive : “Pirate chinois, programmeurs et hackers du monde entier, nous vous invitons à rejoindre Anonymous China et vous battre pour la justice.”, lit on sur le Twitter du groupe.

En Chine, se connecter à des sites étrangers est de plus en plus compliqué ces derniers temps, même en utilisant un VPN. Il semble bien que la censure du web chinois soit en train de se renforcer.

 
Entre les sites bloqués, l’instabilité des connexions et le débit qui ne monte jamais bien haut, surfer sur le web en Chine s’apparente parfois à un véritable parcours du combattant. Cela n’est pas nouveau.

Mais l’étau se resserre chaque jour un peu plus sur les 477 millions d’internautes que compte l’empire du milieu, en particulier pour ceux qui veulent accéder à des sites situés à l’étranger.

De nombreux internautes ont en effet rapporté des difficultés à accéder à un ou plusieurs sites étrangers, y compris ceux qui ne sont d’habitude pas bloqués par la “grande muraille du web”, le système de censure de l’Internet mis en place par les autorités.

C’est le cas, par exemple, de Yahoo ou de GMail, qui ont connu des interruptions fréquentes, alors que les connexions à MSN messenger sont souvent instables.

Beaucoup de réseaux d’entreprises ou d’institutions ont été particulièrement touchées par ces nouvelles cyber-restrictions.

Haro sur les VPN

Ainsi, une université de Hangzhou et une autre de Canton ont signalé des difficultés, qu’ils ont attribué à “des restrictions sur les visites des sites étrangers établies par les fournisseurs d’accès à Internet – China Unicom et China Telecom (les deux seuls du pays, des entreprises d’Etat, ndlr)”.

Autre exemple, le personnel du bureau de Pékin d’IBM s’est récemment plaint d’être incapable de se connecter à son propre site ibm.com.

En réalité, l’attaque de Pékin serait ciblée sur les VPN, ces petits logiciels utilisés pour contourner la grande muraille du web et accéder aux sites bloqués tels que Twitter ou Youtube.
Ainsi, l’entreprise américaine commercialisant le VPN “VPNVIP” a récemment demandé à ses utilisateurs de changer de nom de domaine, car l’original avait été piraté.

Selon le site greatfirewall.biz, qui référence les sites bloqués par la grande muraille du web, les sites internet de huits fournisseurs de VPN ont été récemment bloqués. La Chine fait en effet la chasse aux sites fournissant des VPN, ce qui complique la vie des internautes: pour obtenir un vpn, il faudrait en fait qu’ils en aient déjà un…

La grande muraille du web colmate ses fissures

Mais ce qui provoque le plus la crainte des internautes est que le système de censure semble être désormais capable d’analyser le flot d’informations envoyés à une certaine adresse IP, et de détecter si une partie de ces informations est cryptée… Comme le sont les informations transmises via un VPN!

Selon William Long, bloggeur spécialisé dans les nouvelles technologies, les censeurs seraient ensuite capables de bloquer l’accès à tous les sites étrangers à l’adresse IP du contrevenant.

L’association de défense de la libeté d’expression en ligne Global Voices Advocacy rapporte une note interne de l’Académie des Sciences Sociales de Chine confirmant ces inquiétudes. “Certains utilisateurs ont utilisé des outils de contournement pour avoir accès à des contenus illégaux, et donc , le bureau de la sécurité publique a mis l’adresse IP de notre université sur liste noire”, commente l’institution.

Il semble donc bien que la censure du web soit en train de se renforcer, et cela pourrait bien ne pas être sans rapport avec la mise en place, au début du mois, d’un nouvel organe de contrôle du web, plus puissant que jamais.

C’est en tout cas l’avis de beaucoup d’internautes, y compris le webmaster du site bestvpnservice.com, interrogé par le South China Morning Post, pour qui ces changements sont “entièrement liés” au nouveau Bureau.