La Chine achète les forêts françaises

Ajouté au 31/03/2012 par SHI Lei

15 % des chênes y sont exportés. Une situation préoccupante pour les scieries de l’Hexagone.
 
Les Chinois n’apprécient pas seulement les produits de luxe français, mais s’intéressent également à des matières plus simples, comme le bois. Jeudi, la Fédération nationale du bois (FNB) s’est élevée contre les importations par la Chine de grumes, ces troncs d’arbre abattu dont on a coupé les branches mais encore recouvert d’écorce.

«Depuis 2007, les importations chinoises de grumes se sont envolées, explique Laurent Denormandie, président de la FNB. En 2008, la Chine importait environ 30.000 mètres cubes de grumes de chêne français. Au premier semestre 2011, ses importations se situaient à 121.000 mètres cubes.»

Le prix des grumes à la hausse
Les entreprises chinoises importent ce produit brut, puis le transforment en planches et en meubles, qui sont ensuite réexportés vers l’Europe. La croissance économique chinoise explique pour partie ce besoin croissant de bois, mais Laurent Denormandie pointe également «la volonté des autorités chinoises de protéger leurs propres ressources». La crainte vient surtout de l’accélération du mouvement. «Actuellement 15 % des volumes de chênes récoltés en France partent en Chine, contre seulement 6 à 7 % il y a seulement 4 ans, s’alarme Nicolas Douzain-Didier, délégué général de la FNB. Pour le hêtre, les volumes exportés vers la Chine représentent 10 à 12 % de la production, contre 5 à 6 % auparavant.»

Ce phénomène affecte d’abord les scieries. «Ces achats poussent le prix des grumes à la hausse», se plaint Dominique Julliot, président de Scieries Réunies du Châlonnais. La FNB avance une hausse de 20 % pour le chêne et de 15 % pour le hêtre l’an dernier. «Les difficultés pour obtenir du bois dans des conditions normales commencent à mettre en péril l’approvisionnement de certaines scieries françaises», précise Dominique Julliot.

«Nous voulons des accords de réciprocité»
Il devient alors difficile d’investir dans de nouvelles machines ou la mise aux normes des installations. Conséquence: les fermetures de scieries s’accélèrent. Entre 2008 et 2010, leur nombre a diminué de près de 11 % dans l’Hexagone.

«Nous ne demandons pas un arrêt des exportations, tempère toutefois Laurent Denormandie. Nous voulons des accords de réciprocité.» La Chine a mis en place une série de taxes à l’importation, faibles sur les grumes et de plus en plus fortes à mesure qu’on se rapproche du produit fini, destinées à protéger son industrie locale. Il n’y en a aucune en Europe. «Des quotas à l’exportation ne seraient pas une mauvaise idée», conclut Laurent Denormandie.