Pour les vins français, Wuhan est une ville d’avenir

Ajouté au 02/03/2012 par SHI Lei

Les vins français cherchent à séduire la Chine. Après les régions côtières, ils visent maintenant le Centre et l’Ouest.

WANG XUEFEI, membre de la rédaction

Du 12 au 14 novembre 2011, la ville de Wuhan, capitale de la province du Hubei, dans le Centre de la Chine, a accueilli la deuxième édition de son festival des vins de Bordeaux et d’Aquitaine. C’était, pour les habitants de la ville, une occasion de se familiariser avec le vin français et de faire quelques découvertes, tandis qu’importateurs et viticulteurs cherchaient de leur côté à se faire mieux connaître et à consolider leur présence sur le marché local, tête de pont pour tout le Centre et l’Ouest du pays.

Un festival à trois volets

Le festival, qui est appelé à se répéter, s’inscrit dans le cadre des activités du bureau de représentation mis en place par le Conseil régional d’Aquitaine à Wuhan. L’opération associe la Chambre d’agriculture de la Gironde, le Concours de Bordeaux – Vins d’Aquitaine, l’Agence aquitaine de promotion agroalimentaire et le gouvernement provincial du Hubei.

L’édition 2011, qui s’est ouverte le 12 novembre au matin, offrait un programme en trois volets : le concours des trophées Coup de cœur, des rendez-vous d’affaires et le Salon promenade des vins de Bordeaux et d’Aquitaine. Appelés à juger des cent soixante-seize vins médaillés au concours de Bordeaux, les cent vingt dégustateurs ont décerné vingt et un trophées Coup de cœur, dont la liste a été proclamée en après-midi par Bernard Artigue, président de la Chambre d’agriculture de la Gironde et du Concours de Bordeaux – Vins d’Aquitaine. Le vice-président du Conseil régional d’Aquitaine, Jean-Pierre Raynaud, le consul général de France à Wuhan, Serge Lavroff, et le vice-président du Comité provincial du Hubei de la Conférence consultative politique du peuple chinois, Qiu Xiaole, participaient à la cérémonie.

Vingt et une entreprises viticoles d’Aquitaine étaient présentes à Wuhan pour y présenter leurs vins — pas moins de cent quatre-vingt — aux cinquante-huit opérateurs chinois du secteur. Certaines de ces entreprises, déjà présentes sur le marché, cherchaient à rencontrer de nouveaux partenaires potentiels, alors que les nouvelles venues tentaient de s’ouvrir les portes d’un marché florissant.

Les visiteurs du salon ont pu déguster et faire leur choix parmi plus de trois mille huit cents bouteilles. M. Ye, un habitant de Wuhan, s’est dit enchanté de pouvoir goûter aux vins français : « C’est vraiment délicieux. Je pense que le vin français se vendra bien à Wuhan. » Il a souhaité également une plus large collaboration commerciale entre la Chine et la France.

Lin Hai, administrateur de Ruby Club Trading Co., explique que le festival est une bonne occasion tant pour les entreprises françaises que chinoises, et même pour la population de Wuhan : « Nous pouvons savoir ce que les producteurs français veulent ; les fournisseurs français peuvent mieux connaître le marché chinois ; et le public, qui ne croit pas aux publicités des marchands chinois, a l’occasion d’écouter directement les Français. »

La Chine, un marché d’importance pour le vin français

La Chine est un marché important pour le vin français, comme elle l’est bien sûr pour tous les produits du monde. L’organisatrice de la première édition du festival, Florence Caillerie, qui a vécu plusieurs années en Chine, souligne la taille du marché chinois et sa jeunesse.

La France était en 2010 le premier producteur de vin au monde ; cependant, la consommation locale est en baisse (on entrevoit une diminution de 5 % entre 2009 et 2013). La Chine, premier acheteur de vins français, connaît quant à elle une situation inverse : depuis quelques années, les Chinois se sont pris de passion pour le vin et la consommation est en forte hausse — on s’attend à ce qu’elle augmente de plus de 30 % d’ici 2013 (partie continentale plus Hong Kong). Du reste, le marché est jeune : malgré une population vingt fois plus importante qu’en France, on y consomme à ce jour quatre fois moins de vin au total. L’augmentation de la consommation devrait profiter en tout premier lieu aux vins importés.

Début 2011, la Chine était le premier marché à l’exportation pour les vins de Bordeaux, avec des quantités en hausse de 85 % par rapport à la même période en 2010. Selon Zhang Wei, PDG de Ruby Club Trading Co., un des premiers sommeliers chinois en France, le vin compte pour 10 % des boissons alcoolisées consommées en Chine — une proportion qui, croit-il, augmentera beaucoup dans l’avenir. Liao Fei, directeur des importations et exportations chez Hubei Baomalong International Trade Co., est lui aussi optimiste : « De plus en plus de Chinois savent que le vin est bon pour la santé. Beaucoup de mes amis ont commencé à en boire. Aujourd’hui, le vin en Chine est synonyme de culture, de santé et de mode. »

Cependant, le vin français n’a pas le même statut en Chine qu’en France. Yung Leelee, une Française d’origine chinoise qui dirige La Cave du Dynastie, connaît bien les habitudes sur sa terre natale. Elle explique : « Le vin français, pour les Chinois, est un produit de luxe, qui n’est pas à la portée de toutes les bourses. C’est pour les fêtes nationales ou familiales et les anniversaires. Il est bien vu d’arriver chez son hôte avec du vin français sous le bras. » À quoi M. Zhang ajoute : « Les Chinois portent toujours attention aux marques. Le vin français, et surtout le vin de Bordeaux, jouit d’un grand prestige. » Symbole de qualité, d’élégance et de luxe, le vin français se vend cher, mais ne manque pas d’acheteurs.

L’avenir n’est pourtant pas exempt de défis pour le vin français en Chine. Comme l’explique M. Liao, « Les vins d’Afrique du Sud et d’Australie sont aussi populaires et, comme c’est le cas pour les vins locaux, leur goût est d’un accès plus facile pour les Chinois, qui peuvent aussi percevoir un arôme de fruits dès que la bouteille est ouverte — les vins français réclament plus de temps. » M. Zhang opine en relevant que « En tous cas, les Chinois n’aiment pas les choses acides ou âcres. » Tous deux suggèrent qu’il faut faire découvrir à un plus grand nombre de Chinois la culture du vin telle que la conçoivent les Français.

Wuhan, une tête de pont

Bernard Artigue parle de stratégie : « La Chine, dit-il, est un très grand pays. On commence donc par un point d’attaque, un point d’entrée : c’est Wuhan. On veut former avec Wuhan des relations commerciales durables. »

M. Lin précise : « Au Japon et en Corée du Sud, le développement s’est fait sans trop de décalage entre les régions. Mais en Chine, il y a des régions plus avancées et des régions en retard. Les ventes de vin sont fonction du développement économique régional. Dans les villes plus avancées de l’Est et du Sud, comme Beijing et Shanghai, on accepte plus rapidement ce qui vient de l’étranger. Le vin se vend donc bien dans ces régions. Mais au Centre et à l’Ouest, non. »

Et M. Zhang de conclure : « On commence par les grandes villes : Beijing, Shanghai, Guangzhou et Shenzhen. C’est ensuite le tour des villes de second rang comme Wuhan. Et finalement viennent les villes de l’Ouest. »

Un atout de Wuhan tient à l’importante présence française qu’on y trouve. Plus de mille Français y résident et des entreprises comme PSA y maintiennent une succursale. Jumelée avec Bordeaux, la ville est naturellement un choix tout indiqué pour servir ainsi aux vins français de tête de pont dans le Centre de la Chine. M. Lin explique : « La culture du vin est déjà bien implantée dans les régions côtières. Le moment est donc venu de changer de stratégie. Wuhan, qui relie l’Est et l’Ouest, occupe une position stratégique. »

Ce n’est pas d’aujourd’hui que Wuhan et la France marquent leur intérêt l’une pour l’autre — la ville accueille chaque année des concerts et des films français. S’y ajoute désormais le Festival des vins de Bordeaux et d’Aquitaine, un autre aspect de la coopération sino-française pour le développement durable du Grand Wuhan.