La Chine conforte sa place de leader sur le marché de l’art

Ajouté au 10/02/2012 par SHI Lei

Le produit des ventes aux enchères d’œuvres d’art dans le monde a bondi de 21 % en 2011, atteignant le niveau inégalé de 11,54 milliards de dollars, la Chine caracolant en tête avec une part de marché de plus de 41 %, indique la société Artprice, première base de données sur le marché de l’art dans le monde, qui publie mercredi 8 février son bilan annuel du secteur.
Pour la première fois, les ventes de “fine art” (peintures, installations, sculptures, dessins, estampes, photographies) ont dépassé les 10 milliards de dollars, souligne cette société française qui recense les données sur le marché de l’art depuis 1987. “Cette croissance exceptionnelle du marché de l’art ne s’est pas estompée durant l’année, relève Thierry Ehrmann, fondateur et directeur d’Artprice. Après un premier semestre record (6,45 milliards de dollars), le second semestre affiche 5,09 milliards de dollars, soit le meilleur second semestre de tous les temps” (après le deuxième semestre 2007), dit-il.

La Chine, qui avait pris la première place du marché de l’art en 2010, conforte son avance. Avec des ventes aux enchères de 4,79 milliards de dollars, elle affiche une part de marché de 41,43 %. Les Etats-Unis arrivent à la seconde place mais déjà loin derrière avec 23,57 % de parts de marché. La Grand-Bretagne est troisième avec 19,36 % du marché. La France occupe, comme l’an dernier, la quatrième place, avec une part de marché de 4,50 %.

DES COLLECTIONNEURS AUX “ART CONSUMERS”

Par villes, la place de marché parisienne n’arrive qu’à la cinquième place derrière Londres, New York, Pékin, Hongkong, et elle se trouve désormais au coude-à-coude avec Shanghai. Au total, la part de marché de l’Asie se monte à 43 % en 2011. Et ce n’est pas fini. “Pour 2012, nous prévoyons que la part de marché de l’Asie sera au minimum de 54 %”, annonce M. Ehrmann.
Avec la crise financière, “l’art est devenu une valeur refuge”, analyse-t-il. Depuis quelques mois, les banques ont multiplié les achats d’œuvres d’art à des fins de placement. “A partir de 15 000 euros pour une œuvre d’art, l’acheteur ne prend pas de risque à la baisse. Au pire il fera une opération neutre, assure M. Ehrmann. Et à partir de 150 000 euros, l’acheteur est assuré d’avoir une progression annuelle de 12 à 15 % de son investissement dans les années à venir”, ajoute-t-il. “Dans les années 1950 il y avait 500 000 collectionneurs. Maintenant il y a 300 millions d”art consumers’.

Ventes aux enchères Les faits Les ventes aux enchères flambent, dopées par les achats de Chine
 Eclairage Artprice amène l’art sur le terrain des enchères en ligne
Point de vue Les enjeux et l’avenir des ventes aux enchères dans notre pays
Le monde édition abonnésDans , édition du 17 mai 2007
Compte rendu Marché de l’art : les garanties dopent les ventes d’oeuvres aux enchères

INTERVIEW Le marché de l’art a battu un nouveau record en 2011 avec 11,5 milliards de dollars de ventes. Thierry Ehrmann, le fondateur d’Artprice, numéro 1 mondial des bases de données sur l’art, décrypte la suprématie de la Chine tout en soulignant que la France est en chute libre.

Comment expliquer la percée des pays émergents sur le marché de l’art ?

Thierry Ehrmann : Il y a clairement eu une mondialisation du marché de l’art. Nous avons également un éveil du monde arabe et de l’Inde, même si les chiffres ne sont pas encore significatifs. Mais c’est surtout en Chine que tout se joue. Ce qui est assez logique puisque l’art a toujours progressé en parallèle avec le développement économique des pays. La Chine, qui pèse désormais 41% du marché mondial, préparait depuis longtemps son entrée sur le marché. Les artistes chinois sont dans l’air du temps. Ils ont une fabuleuse capacité d’adaptation. Ils ont réussi par exemple à prendre le meilleur du pop art européen et américain. Ils sont à l’écoute des clients et adoptent quand il le faut pour leurs peintures le format à l’italienne, en paysage, afin qu’elles rentrent sans problème dans les appartements new-yorkais. Les Chinois sont ainsi à la fois très présents sur leur marché intérieur et à l’international.

Qu’a changé la nouvelle suprématie de la Chine sur le marché de l’art ?

La Chine est devenue un marché incontournable. Hong Kong est la première place mondiale. Pour vous donner une idée, Artprice a traduit près de 21 millions de pages en mandarin. Ce qui change aussi, c’est la mentalité des acheteurs. Les Chinois peuvent réfléchir sur cinq ou six générations, contre seulement une ou deux en Europe. La Chine a également parfaitement compris le pouvoir de l’art. Vous savez, vous ne gagnez une guerre que lorsque vous vous emparez de l’art de l’autre.

Les Chinois privilégient-ils d’abord les artistes de leur pays ?

Non, le marché de l’art chinois est universel. Ils achètent de tout. Et en parallèle, l’art chinois s’implante partout dans le monde. Pratiquement la moitié des 500 premiers artistes mondiaux sont désormais chinois. Et nous avons déjà repéré quatre ou cinq artistes qui ont l’envergure d’un Andy Warhol, comme Baishi Qi, qui a fait la plus belle enchère de l’année dernière avec une œuvre adjugée à 57,2 millions de dollars.

Les artistes chinois ne sont-ils pas surcotés ?

Non. Ils ont d’ailleurs passé l’épreuve du feu de la crise de façon très spectaculaire. Depuis 2007, ils ont ainsi continué à progresser en ventes et en volumes.

En 2011, la France semble à nouveau avoir reculé…

La France est en chute libre. La ville de Paris est aujourd’hui reléguée à la cinquième place du marché de l’art derrière Londres, New York, Pékin et Hong Kong. Cela n’a pas toujours été le cas. En 1955, la seule étude Ader-Tajan située à Paris représentait près de 54% du marché mondial de l’art. Aujourd’hui, la France n’a plus qu’une part de marché de 4,5%.

Comment expliquer ce déclin ?

Les commissaires-priseurs ont été incapables de se moderniser. Ils n’ont pas compris qu’avec la mondialisation, il fallait s’ouvrir au marché. En France, nous n’avons développé aucune capacité à exporter. La France ne fait rien pour ses artistes. Notre pays n’a pas compris l’impact géostratégique de l’art. Les artistes français sont “exportés” par le biais du Quai d’Orsay. On ne voit cela nulle part ailleurs et ce n’est pas efficace. En outre, les riches hommes d’affaires ne soutiennent pas la création artistique hexagonale. Une partie des grandes fortunes françaises devraient alimenter les galeries françaises. Enfin, de nombreuses œuvres d’art françaises sont achetées par des institutions qui les laissent à la cave ou au grenier, en les exposant très rarement.

La France peut-elle reconquérir des parts de marché ?

L’entrée en vigueur de la loi libéralisant les ventes aux enchères votée en juillet 2011 peut considérablement changer la donne. La France pourrait remonter d’un ou deux crans dans le classement mondial. Le 18 janvier, lorsqu’Artprice a lancé son nouveau service en tant qu’opérateur de courtage aux enchères réalisées à distance par voie électronique (NDLR : ventes aux enchères en ligne), nous avons proposé plus de 4.000 lots pour un montant de 820 millions d’euros. Ce qui est énorme. Rien qu’avec Artprice, nous avons ainsi une marge de progression sur le marché français de l’ordre de 1,8 milliard d’euros.

Comment voyez-vous évoluer le marché de l’art dans les années à venir ?

La Chine devrait peser 50% du marché de l’art dès 2012. Tout se joue là-bas désormais. Je vous rappelle qu’au début des années 2000, ils n’étaient qu’à la neuvième place. Dans les années à venir, ils vont continuer à dominer le marché. Mais je vois bien également Singapour et l’Inde émerger fortement.