Que 2012 soit placée sous le signe bénéfique du Dragon chinois Long !

Ajouté au 04/01/2012 par SHI Lei

L’année 2011 fut significative pour la Chine sur de nombreux plans. Elle a marqué le 90e anniversaire de la fondation du Parti Communiste Chinois et le 100e anniversaire de la Révolution de 1911, évènements qui tous deux ont conduit à la fondation de la République Populaire de Chine il y a 62 ans. Cette année également, la Chine est devenue la deuxième plus grande économie du monde, et la troisième nation du monde à lancer un programme de station spatiale de conception et de fabrication nationales, la Tiangong-1. Alors que 2011 s’achève, 2012, l’Année Chinoise du Long (?), ou le Dragon divin chinois, combinaison légendaire d’un serpent, d’un phénix, d’un poisson, d’un tigre et d’un cerf, devrait apporter des changements favorables. Le 18e Congrès National du Parti Communiste Chinois va choisir sa cinquième génération de dirigeants. De nouveaux programmes seront mis en oeuvre, la réforme et l’ouverture seront renforcées, la transformation du modèle de développement économique va prendre de l’ampleur, et la construction d’une société modérement prospère (??) sera intensifiée.

En 2011, la Chine poursuivra son émergence pacifique, comme l’a réaffirmé en septembre dernier le Livre Blanc du Conseil des Affaires de l’Etat, intitulé « Le développement pacifique de la Chine ». La paix et l’harmonie, valeurs culturelles profondément enracinées, sont devenues le guide stratégique de la Chine pour son développement national et international.

Sur le front mondial, la résolution pacifique des conflits est l’approche que la Chine favorise, que ces conflits soient économiques, commerciaux, politiques, environnementaux, sécuritaires, historiques, culturels, diplomatiques ou territoriaux. Cette approche est cohérente avec la position chinoise dite de « somme non nulle » pour la résolution des problèmes. Ce qu’elle veut, c’est une solution où tout le monde trouve son compte. Cela contraste fortement avec le jeu « à somme nulle » que pratiquent certains pays, qui ne cherchent qu’une solution où l’un gagne et où l’autre perd, en général pour des raisons d’enrichissement personnel.

L’ancien Président américain Bill Clinton a donné la meilleure et la plus brève des définition de l’approche « à somme non nulle » dans un entretien avec le magazine Wired en décembre 2000. Affichant son accord avec la thèse de la somme non nulle exposée par Robert Wright dans son livre « Nonzero », Bill Clinton a dit : « Plus les sociétés deviennent complexes, et plus les réseaux d’interdépendance au sein et au delà de la communauté et des frontières nationales deviennent complexes aussi, et plus les gens sont contraints à trouver des solutions à somme non nulle, dans leur propre intérêt. C’est à dire des solutions gagnant-gagnant, et pas des solutions gagnant-perdant ». Un peu plus tard, Bill Clinton, comme s’il y avait été contraint par la rapidité et la clarté de sa réflexion, a conclu son observation avec une pointe de résignation et de gêne : « Il n’y aura jamais de jour, compte tenu de la nature humaine, où l’on ne verra plus des gens chercher à imposer des solutions à somme nulle, et parfois à un coût énorme pour la société ».

La contradiction qu’a pointé Bill Clinton reflète précisément le sentiment de gêne actuel de la Chine. Aujourd’hui, certains pays, petits ou grands, développés ou en développement, d’une façon unilatérale ou simultanée, jouent à la fois le jeu de la somme nulle et de la somme non nulle avec la Chine. Ils le font en espérant en sortir vainqueurs dans les deux cas. Ils jouent au jeu gagnant-gagnant de la somme non nulle sur le plan économique avec la Chine pour s’enrichir. Et ils jouent le jeu gagnant-perdant de la somme nulle où se mêlent économie, politique, culture, sécurité avec la Chine pour maîtriser ou empêcher son émergence normale, une fois encore pour quelque enrichissement personnel de tout type.

Ce genre de stratagème double n’est pas seulement déloyal envers la Chine, mais il est aussi dangereux pour ceux qui le jouent. L’histoire montre que l’émergence de la Chine a déjà, et peut contribuer à la stabilité et à la reprise mondiales, d’une façon qui va au delà de la simple économie. Dans un « monde complexe, interdépendant », jouer à ces deux jeux de manière simultanée est « comme tuer la poule aux oeufs d’or ». N’oublions pas que dans cette fable d’Esope, il y a toujours une morale quelque part.
La Chine s’est adaptée à cette situation et est devenue experte dans la gestion de ce genre de duel. Elle le fait depuis près d’un siècle. Au début, il y avait seulement des jeux perdants à somme nulle et prédateurs imposés à la Chine. Aujourd’hui, la Chine joue à des jeux à somme non nulle gagnant-gagnant pour les deux parties avec des pays amicaux du monde entier. Et elle accepte un nombre en diminution de jeux à somme nulle gagnant-perdant avec des partenaires pas tout à fait coopératifs, parfois avec optimisme, en grande partie parce que, comme Bill Clinton l’a déploré, quelques joueurs ne peuvent tout simplement pas résister à leur « nature humaine ».

Cette déplorable « nature humaine » ressemble beaucoup à la présence prolongée d’un fantôme, l’« état de nature » chaotique à somme nulle, un soit-disant état d’esprit humain original de guerre perpétuelle, de tous contre tous. Cet « état de nature » est devenu un axiome politique pour Thomas Hobbes, le célèbre philosophe politique anglais du XVIIe siècle.

La théorie du contrat social de Hobbes, en tant qu’antidote à l’état original du tous contre tous, est devenue la justification théorique de la formation des Etats-nations européens modernes lors de ces deux derniers siècles. Et pourtant ce fantôme traîne toujours ses guêtres, aujourd’hui encore. La Chine, bien que compréhensive à l’égard de l’intention de Thomas Hobbes, a elle cherché un antidote sous la forme d’une « nature humaine bienveillante » complètement transformée. Et c’est seulement cette nature bienveillante à somme non nulle, sur laquelle Confucius a insisté il y a 2 500 ans, qui peut être le point de départ de tout accord sociopolitique viable.

La position de somme non nulle donne une mentalité d’abondance. En revanche, la position de somme nulle favorise elle une mentalité de « pauvreté ». Bien maîtrisé, le monde est sufisamment grand et contient assez de richesses pour en donner en abondance à chaque nation. C’est la coopération radicale, plutôt que la concurrence féroce, qui peut faire naître un monde d’abondance, tant dans les esprits que dans la réalité.
Une bonne compréhension culturelle entre les nations fait sans aucun doute aussi une différence, en particulier aujourd’hui, où le monde se mondialise rapidement de la façon la plus complexe. Le plus souvent nous ne faisons pas assez pour mieux connaître les autres ; nous écartons ce que nous ne connaissons pas, ou pire, ce que nous ne sommes pas disposés à connaître des autres nous dérange même.

Dans notre monde, un nombre incalculable de personnes connaissent bien et aiment la culture traditionnelle de la Chine. Pourtant, les faux-pas culturels sérieux et persistants au sujet de la Chine persistent toujours et font du mal à tout le monde. Prenez la conception occidentale du dragon chinois Long, par exemple. C’est depuis longtemps une icône culturelle : le peuple chinois aime d’ailleurs s’appeler « descendants de Long ». Pour la majorité des non-initiés, il est évident que le dragon chinois Long est pour l’essentiel le même dragon destructeur, violent, agressif et crachant du feu de l’Occident – le dragon prédateur à somme nulle, en somme. Pourtant, la vérité est tout autre. Le puissant dragon chinois Long ne crache pas le feu pour détruire. Au lieu de cela, il apporte la pluie bienfaitrice et salvatrice. Culturellement, le dragon chinois Long représente le bon augure, l’harmonie, la richesse et le pouvoir organique. C’est un dragon de vie et de tonicité, de somme non nulle, pourrait-on dire. Sachant cela, il ne devrait plus y avoir de chevalier cherchant à faire disparaître pour toujours les dragons de notre monde.

Ce que veut la Chine, en 2012 et au-delà, c’est réaliser l’idéal antique d’une société « modérément prospère » (de « xiaokang »), qui est une société d’équité, de sécurité et d’harmonie pour ses citoyens. Cela peut se faire, en partie, par coopération pacifique à somme non nulle avec le monde. Telle est l’essence même de l’émergence pacifique de la Chine.

Pour le monde dans son ensemble, 2011 a été une année d’agitation et de chaos. Les crises financières et politiques ont déclenché de l’agitation sociale, déferlant sur l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient, l’Espagne, la Grèce, Israël et jusqu’en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Chacun espère que 2012 sera meilleure. Il est temps que le monde se tourne vers la coopération radicale plutôt que de continuer à poursuivre une concurrence féroce.

Que le monde accueille 2012 avec l’esprit propice du dragon chinois Long !

L’auteur est professeur de philosophie occidentale et chinoise à l’Université d’Etat de Montclair, dans le New Jersey, aux Etats-Unis.