Le Louvre ouvre ses portes à la Cité Interdite

Ajouté au 10/10/2011 par SHI Lei

L’ancien palais des rois de France accueille 130 chefs-d’œuvre des empereurs chinois. Une superbe exposition qui retrace huit siècles d’échanges.

Sur la carte culturelle du bloc eurasien, le Louvre et la Cité interdite ressemblent à deux phares balisant les extrémités est et ouest. Près de 9000 kilomètres séparent ces deux palais, aujourd’hui musées. Est-il pertinent de les comparer? Qu’apprend-on à rassembler les pièces les plus significatives de leur histoire?

Par une sélection de 130 objets sur les 1.807.558 conservés entre les remparts pourpres de Pékin, mise en regard d’éléments des collections permanentes de l’institution parisienne, Jean-Paul Desroches, conservateur général au Musée Guimet, a osé l’exercice.
L’empereur Yongzheng, qui a régné de 1723 à 1735, vêtu à la façon de l’aristocratie versaillaise du début du XVIIIe siècle. (Musée du Palais impérial)Sur la carte culturelle du bloc eurasien, le Louvre et la Cité interdite ressemblent à deux phares balisant les extrémités est et ouest. Près de 9000 kilomètres séparent ces deux palais, aujourd’hui musées. Est-il pertinent de les comparer? Qu’apprend-on à rassembler les pièces les plus significatives de leur histoire?

Par une sélection de 130 objets sur les 1.807.558 conservés entre les remparts pourpres de Pékin, mise en regard d’éléments des collections permanentes de l’institution parisienne, Jean-Paul Desroches, conservateur général au Musée Guimet, a osé l’exercice. Il s’avère aussi beau que passionnant, quand bien même il pâtit d’un parcours éclaté en trois salles. Il est vrai qu’une seule n’aurait jamais suffi pour accueillir les jades, porcelaines, laques, sceaux, armes, calligraphies, peintures sur soie, broderies et autres trésors généreusement prêtés par la Chine en retour d’une exposition sur Napoléon montée à Pékin en 2008.

Desroches a privilégié des pièces jamais montrées jusqu’à ce jour en Occident. D’une lettre d’un kahn mongol à Philippe le Bel lui proposant une alliance contre les mamelouks en 1289, à l’évocation des dernières impératrices Eugénie et Cixi (l’une par un de ses corsages en soie asiatique, l’autre par une délicate pivoine qu’elle prétendait avoir peinte), elles jalonnent sur huit siècles les rapports économiques, diplomatiques ou guerriers.

Aux yeux de tous les descendants de l’empire du Milieu, l’objet le plus précieux est l’acte de la fondation de la dynastie Ming, un recueil de tablettes de jade, gravées au début du XVe siècle. Mais on peut lui préférer ce petit plat de porcelaine « blanc doux » de la même époque. Renversant de finesse, il révèle, lorsqu’on s’approche de très, très près, tout un décor de nuages et de dragons délicatement estampé.

Plus intelligemment encore, Desroches rapproche les chronologies, esquisse des affinités (architecturales par exemple, à travers des plans et maquettes, ou bien encore dans les grands mouvements de constitutions d’encyclopédies au XVIIIe siècle). Il n’omet pas les différences nombreuses mais s’arrête plus longuement sur les métissages. Les missionnaires jésuites en particulier. Dans le sillage du maître milanais Giuseppe Castiglione, dont quelques grandes peintures animalières sur papier et soie sont déroulées, ils furent de merveilleux artistes. Parfaitement reconnus à la cour, ils firent école. Au total, c’est cette fascination réciproque qui, déployée dans le temps, surprend le plus.

La salle du Trésor
Dans un de ses portraits, l’empereur Yongzheng est coiffé d’une perruque Louis XIV, «déjà obsolète à Versailles lorsqu’il l’arbore, mais la mode a mis du temps à voyager», sourit le commissaire. Dans l’autre sens, Mme de Pompadour promeut les « chinoiseries». Bien que préférant les laques japonais, Marie-Antoinette prolongera cet engouement comme l’illustre sa fontaine aux deux perroquets en porcelaine bleue montée sur bronze doré. Le vase a été acquis vers 1780 et converti en fontaine dans un souci d’intégration au style rocaille. Quoi de plus naturel? L’exotique est quotidien.

Enfin, juste pour le plaisir, la salle Richelieu a été transformée en salle du Trésor. C’est la plus belle. Le trône de Qianlong (empereur de 1736 à 1796), qui fut l’un des plus grands collectionneurs de l’histoire impériale, ainsi son mobilier d’apparat en bois rouge grouillant de paisibles dragons, y est installé. Beaucoup plus visible que dans la salle de l’Harmonie suprême où il se trouve d’habitude.

En 2010, la Cité interdite a accueilli 13 millions de visiteurs. Le Louvre, qui se targue d’être le plus grand musée du monde, affiche «  seulement », 8,5 millions, les passants des jardins des Tuileries n’étant pas comptabilisés. Mais que valent ces chicanes quand, en sortant de l’exposition, on regarde la pyramide de Ioeh Ming Pei d’un autre œil ?