Nicolas Sarkozy à Pékin pour un fructueux passage éclair

Ajouté au 29/08/2011 par SHI Lei

Le 25/08, le Président français Sarkozy était reçu à Pékin par Hu Jintao, en escale d’un voyage vers Nouméa.

Préparée depuis six semaines à peine – délai fort bref pour une Chine habituée à planifier en semestres, la visite suscitait sur place des réactions assez diverses !

Agacés, des conservateurs dénonçaient l’«auto-invitation» et brandissaient dans la presse des poncifs exhumés de 2008 («France arrogante», «Petit Napoléon»). La vraie raison à cette ire étant peut-être la guerre de succession de Hu. Pour maintenir son influence après son départ en 2012, Hu nomme à tour de bras des fidèles à la tête des ministères et de l’APL (l’armée), en 2011 et écarte ses adversaires «petits princes» (fils de leaders) ou du «club de Shanghai», dans l’orbite de Jiang Zemin. Il le fait par un jeu de «promotions paralysantes », ou en les arrêtant pour corruption (cas de Liu Zhijun, ex-ministre des chemins de fer, protégé de Jiang).

Au Grand Palais du Peuple pourtant, la rencontre vivait l’ambiance inverse : radieuse, reflétée par le communiqué chinois : relations «excellentes», confiance «accrue», coopération «fructueuse» etc. Car depuis 2007, après des débuts électriques avec la Chine,N. Sarkozy a fini par devenir (suivant un cheminement similaire à celui de G.W. Bush 15 ans en arrière) un allié réel de ce pays, où il faisait ce jour-là sa 6e visite présidentielle. Laquelle servait à Hu des arguments précieux face à son opposition, sur des dossiers tant nationaux qu’internationaux.

Une question urgente est la Libye. Un cadre d’Agoco, firme pétrolière des rebelles, parle en août de confisquer les avoirs chinois (cf p.3) -il n’est pas le seul, la tentation est grande. Comment, pour Pékin, redorer à Tripoli son image au plus bas après avoir longtemps misé sur le «mauvais  cheval»? Secondé de son conseiller J.B. Lévitte, Sarkozy invite Hu à « sa » conférence de Paris, début septembre, pour la reconstruction du pays libéré. Pour Hu, face à ses adversaires, c’est une victoire, car c’est suite à leur rigorisme que Kadhafi est si longtemps resté l’«allié», et ce sommet est pour la Chine une chance réelle d’offrir à la Libye des infrastructures à prix qu’on ne peut refuser…

Sarkozy croit d’ailleurs aussi lire une érosion du soutien chinois au Prsdt syrien Bashar al-Assad, l’autre dictateur, dont Pékin se détacherait à petits pas…

——————-

Le sujet de fond, était la préparation du G20 de Cannes de novembre. Président de cette initiative de réforme des flux financiers mondiaux, Sarkozy se garde de n’associer que la Chine, mais se fait le commis voyageur d’une tournée imminente chez d’autres décideurs qu’il veut entendre et dont il quête le soutien : B. Obama (22/09), la brésilienne Dilma Rousseff, l’italien Berlusconi. Accompagné notamment de François Baroin, le ministre de l’Economie et des Finances, il aborda avec Hu, deux dossiers :

– quelle stratégie chinoise pour relancer la consommation intérieure, industrielle et des ménages. Au plus bas, celle-ci n’atteint plus que 30% du PIB contre 60% en Europe, 70% aux USA. On avoue cependant mal voir ce que l’Europe pourrait faire pour aider la Chine dans cette voie qui n’aboutira qu’au prix d’une bouleversante réforme du droit du sol et de l’accès au crédit.

– le passage du Yuan à la convertibilité, souhaitée par les libéraux et combattue par tous les milieux partisans du protectionnisme. Sarkozy l’assure, France et Chine sont d’accord dans les grandes lignes sur l’objectif et un «sentier» pour y parvenir. Détail significatif, Li Keqiang, vice 1er donnait le même jour à Hong Kong, la même assurance aux milieux financiers, et le min. des finances publiait six projets destinés à renforcer l’usage transfrontalier du Yuan.

Enfin, ces efforts constants de Sarkozy pour aider la Chine dans son émergence politique, et à doter le monde de flux financiers assainis, visent certes l’intérêt bien compris de la planète et celui de son pays. Ils sont aussi un outil, dans le plan de campagne électorale présidentielle de 2012 : ce en quoi, en le recevant à si court terme, Hu s’est montré clairement prêt à le soutenir !