90 ans déjà… ou les réflexions d’un Français de Chine sur l’anniversaire du Parti Communiste Chinois

Ajouté au 04/07/2011 par SHI Lei

Pour beaucoup de Chinois, vendredi 1er juillet sera un jour important : c’est en effet ce jour-là que le Parti Communiste Chinois (PCC) fêtera son 90e anniversaire, et de ce fait les préparations vont bon train un peu partout, il n’y a qu’à regarder la télévision ou se ballader sur Chang’an à Beijing pour en être convaincu. Il n’est pas sûr en revanche que ce soit le cas à l’étranger où je gage que la plupart des télévisions en parleront certes un peu le jour venu, mais guère plus. Il est vrai que pour nombre d’étrangers, il y a à propos de la Chine bien plus de choses importantes que le 90e anniversaire du PCC, sans compter que, notamment en Europe, les partis communistes, ou je devrais plutôt dire prétendus tels, ont laissé plus de mauvais souvenirs qu’autre chose. La Chine n’a pas été, en effet, le premier pays à voir le parti communiste prendre le pouvoir, tout le monde sait que cela a eu lieu d’abord en Union Soviétique puis dans ce que nous nommions à l’époque les « Pays de l’Est », qui étaient pour nous, Européens de l’Ouest, lointains, fermés et inquiétants, et pourtant si proches par bien des aspects (n’oublions pas de dire en passant que les partis communistes sont aussi arrivés au pouvoir par la suite dans d’autres pays d’Afrique ou d’Amérique Centrale). En France même, au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, le Parti Communiste Français, plus ancien que le PCC, était même le parti politique le plus puissant du pays, il jouissait d’un très grand prestige et comptait dans ses rangs des intellectuels et savants de premier plan. Aujourd’hui, il est marginalisé, « ringardisé » même, et en passe peut-être de finir un jour dans les poubelles de l’histoire, malgré quelques bastions qu’il détient encore de ci de là. Comme ses frères d’Italie, d’Espagne ou du Portugal, ou des anciens Pays de l’Est. L’histoire les a condamnés, alors que le PCC, lui, est un vaillant nonagénaire, encore très vert, si je puis m’exprimer ainsi. Mais pourquoi alors ?

J’ai bien ma petite idée là dessus, même si je ne prétends par avoir raison… en Europe de l’Ouest, les partis communistes ont commencé à décliner dans les années 1960, pour, entre autres, ne pas avoir su évoluer avec leur temps, être inféodés au parti communiste soviétique et cautionné sa politique, ses errements et même parfois ses crimes. En France, le premier vrai coup a été porté par l’intervention soviétique en Hongrie en 1956 contre un peuple qui se révoltait contre un parti qui n’avait de communiste que le nom, puis par l’autre intervention soviétique en Tchécoslovaquie en 1968, et enfin la guerre en Afghanistan en 1979. Toutes des interventions extérieures justifiées par la volonté de maintenir des peuples sous le joug d’une forme dévoyée et totalitaire du communisme. Ce qui a fait que de nombreux communistes sincères, attachés à l’idéal communiste, le vrai, empreint à la base de générosité et de fraternité, ont été ébranlés dans leurs convictions, se disant que le communisme, ce n’était pas cette caricature. La chute du Mur de Berlin en 1989 a fini le travail ; elle a permis de se rendre compte que dans tous ces pays d’Europe, où le « communisme » (je pense que les guillemets s’imposent ici) a été installé de gré ou de force (et plus souvent de force d’ailleurs, contre la volonté majoritaire des peuples), plusieurs dizaines d’années de ce régime n’ont abouti qu’à une chose : asservir des peuples et retarder le développement de nombreux pays, quand cela ne les a même pas fait reculer. Tout cela du fait et au nom d’une caricature de communisme appliquée de manière dogmatique et imbécile. Et on s’est rendu compte que même les pays les plus « ouverts » sur ce plan, comme le furent la République Démocratique Allemande ou la Hongrie, se sont avérés être très en retard par rapport aux pays de l’Ouest après la chute du Mur. Il n’y a qu’à voir les difficultés rencontrées par l’Allemagne après sa réunification ; plus de vingt ans après, il reste encore des problèmes. Dans tous ces pays donc, l’arrivée au pouvoir de partis « communistes » a eu donc un résultat étonnant, celui de rendre les populations moins libres, moins heureuses et de retarder le développement économique, quand bien même les régimes auxquels ils ont succédé dans les années 1940 n’étaient pas toujours, loin s’en faut, des modèles. Autant dire qu’ils étaient condamnés à disparaître un jour ou l’autre, et que ceux qui à l’Ouest les avaient soutenu becs et ongles et en dépit des évidences n’ont pu que suivre leurs traces. Sic transit gloria mundi…

Mais ce n’est pas le cas du PCC, qui lui se porte plutôt bien, je vous remercie pour lui, et peut se targuer d’avoir plutôt réussi, quand bien même tout n’est pas parfait en Chine, le Parti le reconnaît lui-même, notamment du fait des problèmes de corruption et du fossé grandissant entre les riches et les pauvres. La différence avec les partis « communistes » d’Europe étant que le PCC n’a pas, lui, nié ces problèmes et pratiqué la Méthode Coué, et qu’au contraire il affirme qu’ils existent et qu’il faut les combattre. Il en va de sa survie, et de l’avenir de la Chine. En ce sens, le PCC s’est donc montré infiniment plus intelligent –et responsable- que ces partis européens, qui n’ont cessé jusqu’au bout de cumuler erreur sur erreur et d’opprimer leurs peuples, tout en nous chantant « Tout va très bien Madame la Marquise », alors que leur monde était en train de s’effondrer. Et alors même que la Chine, qui s’était engagée dans des réformes depuis 1978, leur montrait peut-être la voie de leur salut. Ils ne l’ont pas compris ou n’ont pas voulu, ou pas pu, le comprendre, et ils en ont payé le prix. L’Histoire est sans pitié pour les vaincus.

Mais ce n’est pas la seule différence. Les Occidentaux oublient un peu trop souvent que, contrairement à ces partis d’Europe, le PCC ne s’est pas installé par le biais d’élections truquées organisées sous la surveillance menaçante d’un pays voisin, mais que son arrivée au pouvoir a été une libération pour le peuple chinois, qui s’est ainsi débarrassé d’un régime corrompu, inefficace et inféodé à l’étranger. L’arrivée au pouvoir du PCC a permis à la Chine de retrouver sa fierté, sa dignité et son indépendance, malgré tous les problèmes qui ont pu suivre et certaines erreurs qui ont coûté cher en vies humaines et en termes de développement. Mais là encore, la Chine, avec le PCC, l’a compris et en a tiré les leçons. Qui oserait décemment prétendre qu’en 2011, la situation de la Chine est moins bonne qu’en 1949 ? Certes, tout n’est pas parfait, comme je l’ai dit plus haut, les problèmes de corruption sont encore trop présents, le fossé entre les riches et le pauvres s’élargit (mais en étant un peu cynique, cela veut dire au moins qu’il y a des riches en Chine, et que donc le pays s’enrichit, fût-ce de manière inégale), la démocratie a encore des progrès à faire. Mais de tout cela le PCC est conscient, et cherche à y apporter remède.

Autre différence, jamais la Chine n’a essayé d’imposer son modèle à un pays étranger, ni par la force ou la menace, ni par aucun autre moyen. Là où la force de l’Union Soviétique résidait dans une puissance militaire démesurée et des interventions à l’étranger pour défendre des régimes inféodés en péril, la force du modèle chinois réside dans sa réussite économique, même imparfaite, et sa coopération pacifique à l’étranger. Jamais la Chine n’a essayé de s’imposer à l’étranger ou de se construire des vassaux, par la force, et je suis persuadé qu’elle ne le fera jamais. La Chine peut inquiéter certains, mais c’est par sa puissance économique et sa réussite. Pas par la menace et la crainte, comme nous l’avons vécu pendant des dizaines d’années en Europe.

De toute façon, les chiffres parlent : la Chine est aujourd’hui la deuxième puissance commerciale du monde, et rien ne semble pouvoir entraver sa route vers la première place. On pourra dire ce qu’on voudra, tout cela, la Chine le doit au PCC. Personne n’aurait osé y penser ou l’imaginer en 1978, et moins encore en 1949. Ne parlons pas de 1921…

Tout cela fait que, cette semaine, le PCC va fêter son 90e anniversaire avec éclat, dans une Chine qui a retrouvé puissance, fierté, éclat et prestige. Ce n’est pas rien, et il est donc tout à fait légitime de dire « Joyeux 90e anniversaire » au Parti Communiste Chinois… et d’attendre le centenaire, qui sera, souhaitons le, plus glorieux encore !

Laurent Devaux