La Chinafrique: révélateur des limites culturelles de l’entreprise chinoise

Ajouté au 20/06/2011 par SHI Lei

Depuis plusieurs années la Chine se positionne en Afrique. Notre partenaire Chloé Ascencio nous explique le changement de la perception africaine face à la présence chinoise.

Après avoir été perçus commes les “sauveurs” de l’Afrique qu’ils ont arrosée d’argent sous forme de dons, de prêts à taux zéro et bien sûr de troc (par exemple au Congo: 6 milliards de dollars d’infrastructures médicales contre 10 millions de tonnes de cuivre et 400 000 tonnes de cobalt), les relations-sino-africaines commencent à se dégrader.

C’est très intéressant à observer car l’Europe aussi, à commencer par la Grèce et le Portugal, bénéficiera de plus en plus de ces investissements et découvrira aussi le revers culturel de la médaille.

Aujourd’hui la Chine importe 35% du pétrole africain et construit à tour de bras dans 35 pays de ce continent. Ainsi en Angola où j’ai vécu et travaillé, les Chinois (70 000!) ont indéniablement amélioré les équipements publics, construisant 4000 km de route, des banlieues résidentielles à perte de vue, un nouvel aéroport etc…

Mais les entreprises chinoises qui profitent de ces financement publics (via les banques) et mènent ces projets fonctionnent exactement comme en Chine sans s’adapter du tout au contexte local.

Contrairement à ce qu’elles sont contraintes de faire en Europe (et qui les décourage d’y investir plus) elles ne respectent pas en Afrique les lois du travail et les règles de sécurité. Elles exportent leur “culture d’entreprise” fondée sur le rapport de force et aussi leurs ouvriers, 30% moins chers qu’en local.

Dans les mines de Zambie, les salaires sont inférieurs à la moyenne et les équipements de sécurité dégradés. Des accidents graves se succèdent faute de ventilation des conduits. Impossible de négocier: les managers chinois ne parlent pas anglais (disent-ils). En octobre 2010, ils ont tirés sur des mineurs grévistes…gloups!

En Afrique du Sud les industriels chinois ont considéré que le salaire minimum est trop élevé pour que leurs usines soient rentables. Elles peuvent compter sur une main d’oeuvre prête à tout pour avoir un emploi.

Or les entreprises chinoises créent peu d’emploi, ainsi le projet de restauration du chemin de fer angolais emploierait 160 Chinois contre 60 Angolais, une proportion qui illustre bien le peu d’estime des Chinois pour la capacité de travail des Africains, et qui leur évite en outre l’effort de s’adapter à leurs valeurs, leurs comportements et de les former.

Or cet effort, les entreprises pétrolières opérant en Afrique sont forcées de le faire par les politiques de “localisation” de leur main-d’oeuvre que leur imposent des Etats africains. Contraintes qui ne s’imposent pas aux Chinois…

Les Africains s’aperçoivent que parfois le “deal” n’est pas “fair” quand les hôpitaux se fissurent dès leur inauguration et que le goudron des routes est si fin qu’il ne résiste pas aux premières pluies.

Le management interculturel n’intéressera pas les Chinois tant qu’ils seront ultra dominants dans le rapport de force, pourvoyeurs d’argent frais et de BTP à prix cassés.

Et c’est la logique de l’Histoire: les entreprises occidentales n’ont commencé à intégrer la “dimension culturelle” que lorsqu’elles ont été obligées de prendre en considération les attentes de leurs partenaires et salariés des filiales étrangères (notamment Moyen-Orient, Chine et Inde), parce que ces dernières devenant “stratégiques” et que le rapport de force s’inversait.