Nicolas Porte : on arrive à renforcer les liens franco-chinois grâce à la musique

Ajouté au 16/05/2011 par SHI Lei

Fondée en 1986 par Nicolas Porte, la Maîtrise des petits chanteurs de Saint-Marc a été révélée au grand public par le film Les Choristes. Dans le cadre du festival Croisements 2011, la chorale a réalisé une tournée d’une dizaine de jours dans plusieurs villes de Chine. À l’occasion d’une escale à Beijing, le fondateur de la chorale a accepté une interview exclusive accordée à China.org.cn.

China.org.cn : À l’heure actuelle, combien de membres la chorale compte-t-elle ? Jusqu’à quel âge les chanteurs y restent-ils ?

Nicolas Porte : Dans le chœur il y a une soixantaine de choristes, et puis pendant les tournées, il y a entre 25 et 30 choristes qui tournent pour les concerts. Les choristes restent dans le chœur jusqu’à l’âge de 15 ans. C’est la fin du collège en France.

China.org.cn : Chaque année, combien de candidats attirent les Petits chanteurs de Saint-Marc, et combien sont acceptés ? Quels sont les critères de sélection ?

Nicolas Porte : Chaque année il y a à peu près une trentaine d’enfants qui se présentent en candidature. Presque la moitié d’entre eux, soit 15 à 18 d’enfants, est retenue chaque année.

Le critère le plus important est surtout la motivation de l’enfant pour travailler la musique une heure et demie ou deux heures chaque jour de la semaine. Et puis évidemment, il faut aussi que la voix fonctionne bien.

China.org.cn : Avant d’arriver à Beijing, les petits chanteurs de Saint-Marc ont déjà donné des concerts à Chengdu, Shanghai, Wuhan ou encore Canton. Parlez-nous de cette tournée en Chine. Comment réagissent les spectateurs chinois ?

Nicolas Porte : C’est la troisième fois qu’on vient en Chine. La Chine est un pays qu’on redécouvre à chaque fois et qu’on aime beaucoup. C’est un pays à l’audience très agréable, très sympathique. Les Chinois répondent bien et sont très réceptifs à la musique qu’on leur propose. On aime beaucoup le public chinois avec ses applaudissements, ses encouragements qui nous rendent bien cette sympathie.

China.org.cn : Depuis 2005, les Petits chanteurs de Saint-Marc ont fait plusieurs déplacements en Chine. Comment s’effectue le choix des chansons présentées ? Apportez-vous des changements au programme pour répondre aux goûts des spectateurs chinois ?

Nicolas Porte : Oui, on adapte le programme en fonction des pays que l’on visite. Donc il y a toujours une partie de musique classique, qui est notre répertoire habituel et que l’on chante aussi bien en France que dans tous les pays où l’on se déplace. Et puis, en deuxième partie, on réserve en général un créneau pour des chansons du pays que l’on visite. Par exemple, ici, on chante des chansons chinoises, dont l’hymne des Jeux olympiques de Pékin, You and Me. On a préparé aussi spécialement pour la Chine un petit opéra d’après le livre de Jules Verne, le Tour du Monde en 80 jours.

China.org.cn : Avec combien de chorales d’enfants chinois les Petits chanteurs de Saint-Marc ont-ils collaboré ? Pouvez-vous nous parler un peu de ces coopérations et du niveau général des chorales chinoises

Nicolas Porte : Je n’ai pas compté, mais il y en a eu presque dans toutes les villes que l’on a visitées. Beaucoup notamment à Hong Kong et à Guangzhou, dans les différents lieux.

Le niveau des chœurs en Chine est bon. On sent que la culture chinoise laisse une grande place au chant choral. Les Chinois ont leurs façons de chanter, et nous avons les nôtres. Je crois qu’on s’apporte des choses mutuellement, et je pense que les Chinois des chorales sont contents de nous entendre chanter. C’est intéressant puisque dans les concerts aussi on met des voix de petits Chinois et de petits Français ensemble. Je crois que grâce à la musique on arrive à renforcer les liens entre la France et la Chine, et que ces jeunes qui aujourd’hui se rencontrent auront peut-être plus tard à l’âge d’adulte davantage de chances de collaborer et de travailler ensemble.

China.org.cn : Le film Les Choristes a eu un énorme succès dans le monde, et a permis de faire connaître les Petits chanteurs de Saint-Marc. Selon vous, quel fut le changement majeur apporté par cette soudaine popularité ? Quelle est la situation actuelle des chorales d’enfant en France ?

Nicolas Porte : Jusqu’à la sortie du film en 2004, le chœur existait déjà depuis une vingtaine d’années. On donnait à peu près 30-50 concerts par ans. Et on faisait une tournée importante. Depuis la sortie du film, on fait une centaine de concerts dans l’année. C’est donc beaucoup d’invitations, beaucoup de sollicitations, et on fait beaucoup plus de tournées aussi. Pratiquement toutes nos vacances sont consacrées à des tournées. Nous participons cette semaine aussi à une tournée en Asie. Donc ça, c’est une chose survenue après le succès du film, et la popularité du chœur ne s’est pas cantonnée à l’Hexagone, mais s’est propagée dans le monde entier. Donc c’est beaucoup de plaisir, beaucoup de bonheur et c’était une grande opportunité de faire ce film.

Le succès du film a redonné une vie au chant choral en France, qui n’était pas aussi populaire qu’en Chine par exemple. Je pense qu’en Chine, d’après ce qu’on voit et ce qu’on entend, les enfants doivent commencer à chanter très jeunes. En France, ce n’est pas du tout le cas. C’est un art qui était minoritaire, et le succès du film Les Choristes a permis au chant choral de revenir dans le paysage musical français, notamment médiatique. Beaucoup d’enfants ont voulu intégrer des chorales à la suite du film. Nous avons aidé beaucoup de chœurs à travers la France à se créer, et grâce au film, il y a vraiment eu un renouveau pour les chorales en France.

China.org.cn : Pouvez-vous nous parler des futures représentations des petits chanteurs de Saint-Marc ? Envisagez-vous de participer à un autre film ?

Nicolas Porte : Dans le futur, on a beaucoup de concerts qui sont prévus au Pérou, au Mexique, en Espagne, en France, et à nouveau en Asie. Après Pékin, nous partons pour la Corée du Sud, ensuite on ira à Taiwan. On participera aussi à une tournée de trois semaines en juillet. Les représentations sont donc encore nombreuses.

C’est vrai qu’il y a des projets de film. Après les Choristes, pourquoi pas un nouveau succès ? C’est difficile d’en parler pour le moment, on attend que des choses se concrétisent davantage. Mais on a déjà été sollicités pour quelques musiques de film. Le nouveau film tourne également autour du chant choral, mais au lieu de parler de la vie d’un choriste, il parle de la passion d’un chef de chœur.

China.org.cn : Comment souhaitez-vous développer la chorale ?

Nicolas Porte : Je ne sais pas si on peut aller plus loin que ce qu’on a déjà fait, parce qu’on a accompli beaucoup de choses. Pourtant, c’est vrai qu’il faut que les enfants puissent partager leurs vies entre cette passion du chant choral et leurs vies de famille, ainsi que leurs études de collégiens.

Mais au moins, on souhaite poursuivre tout ce qui a été entrepris jusqu’à ce jour et leur donner une formation musicale de qualité. Outre la voix, ils travaillent aussi un instrument, ils apprennent également la technique vocale, la mise en scène, etc. On veut qu’à l’issue de leurs parcours dans le chœur, ils puissent être des petits musiciens dotés d’un bagage s’ils veulent continuer après dans le métier. Cela s’inscrit sans cesse dans cette idée de développer la pédagogie, l’éducation de la musique, et peut-être pour donner envie à d’autres enfants de faire la même chose et de continuer, pas forcément chez nous, mais dans d’autres chorales, et que le chant choral puisse encore avancer.