Jean-Pierre Raffarin, le « chef des pompiers »

Ajouté au 22/03/2011 par SHI Lei

Les relations sino-françaises ont connu de graves revers en 2008. D’abord la perturbation du parcours de la Flamme olympique à Paris, puis la menace du président français de boycotter la cérémonie d’ouverture à Beijing au nom de la question du Tibet, et enfin la réception du dalaï-lama à Paris, au mépris de la ferme opposition chinoise. Ce comportement déraisonnable a fortement indigné le peuple chinois et l’hostilité est montée subitement entre les deux parties. Les relations bilatérales ont connu à une période de gel. Au cours de cette crise, une haute personnalité française s’est rendue quatre fois en Chine pour chercher à réconcilier les deux gouvernements et trouver un moyen de surmonter les difficultés et de balayer les obstacles. Elle a obtenu le surnom de « chef des pompiers ». Elle a pu finalement exaucer ses vœux et voir les deux gouvernements normaliser leurs relations. Cette personnalité est M. Jean-Pierre Raffarin, qui était Premier ministre sous la présidence de Jacques Chirac.

Déjà dans les années 1970, le jeune Raffarin était attiré par le lointain pays d’Orient. En voyage d’étudiant à Hong Kong en 1971, il a contemplé avec curiosité le continent chinois au télescope. Il n’oubliera pas ce vaste pays mystérieux. En 1976, il a profité d’un programme d’échange franco-chinois pour se rendre dans la partie continentale de Chine. Il a passé un mois à la parcourir en train, de Guangzhou au sud à Harbin au nord. C’était une année très difficile pour la Chine, a-t-il dit plus tard. Cette année-là, les dirigeants chinois Zhou Enlai, Zhu De et Mao Zedong sont décédés, et un grave séisme s’est produit à Tangshan. J’ai eu l’impression de passer une période exceptionnelle avec les Chinois, a dit M. Raffarin.

Après trente ans de contacts avec la Chine et ses habitants, Raffarin a écrit un livre sur la Chine, en collaboration avec son épouse, sous le titre Ce que la Chine nous a appris. « Ce n’est ni un livre politique, ni un livre académique. C’est plutôt un livre du coeur. Nous souhaitons dire à nos amis chinois comment nous voyons la Chine et ce que nous avons appris d’elle », explique-t-il.

C’est en 2003 que les Chinois ont connu Raffarin. En avril, il a effectué une visite officielle, en sa qualité de premier ministre français. Il était le premier dirigeant occidental à Beijing depuis l’éclatement de la crise du Sras. « Le médecin m’a conseillé de reporter ma visite », a-t-il dit plus tard. « Mais je pensais que mes amis chinois en difficulté avaient besoin de soutien. Je devais donc y aller, sans masque, car je voulais utiliser ma visite pour montrer ma confiance en la victoire des Chinois et ne pas donner l’impression que j’avais peur du Sras ».

Cette visite lui a permis d’établir de bonnes relations personnelles avec son homologue chinois Wen Jiabao. Après avoir quitté son poste de premier ministre, il est souvent revenu en Chine, et a toujours reçu un accueil chaleureux de Wen Jiabao. Aux yeux de Raffarin, le Premier ministre chinois est un administrateur capable et judicieux.

En 2008 et 2009, les relations sino-françaises ont connu de sérieuses difficultés. M. Raffarin s’est déplace à quatre reprises entre Paris et Beijing pour aplanir les différends et trouver des solutions.

Au printemps 2008, suite à la perturbation du parcours de la flamme olympique à Paris et de l’hommage rendu par la mairie de Paris au dalaï-lama en nommant citoyen d’honneur, les relations bilatérales virent à l’hostilité. Le 24 avril, l’ancien premier ministre français est arrivé en Chine, porteur d’une lettre du président Sarkozy à son homologue chinois, en sa qualité d’envoyé spécial. Lors de l’interview qu’il a accordée à la presse, il a déclaré que des chocs sentimentaux survenus entre les citoyens des deux pays et une série de déplaisirs avaient éveillé la vigilance des dirigeants et que les deux parties cherchaient à faire sortir les relations bilatérales de leur situation difficile. En évoquant les raisons occasionnant ces chocs, il a déclaré sans ambages que le maire de Paris avait commis une très grave erreur politique. Quant aux déplaisirs produits lors du parcours de la flamme olympique à Paris, il a décrit les agissements de ces saboteurs comme une « fanfaronnade ». Il a dit que bien qu’ils soient dans le pays natal de Pierre de Coubertin, ces gens-là n’honoraient pas l’esprit des Jeux olympiques et avaient déçu la plupart des Français.

En août 2008, M. Raffarin est arrivé une nouvelle fois à Beijing dans le but d’accompagner le président Sarkozy à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. Ce résultat l’a beaucoup satisfait.

Suite à la réception du dalaï-lama par le président français en décembre 2008, les relations sino-françaises ont connu une nouvelle crise. M. Raffarin est parti deux fois pour la Chine, en février et avril 2009, pour essayer de réparer les relations bilatérales. Le 8 février, il est arrivé à Beijing, à la tête d’une délégation parlementaire. Il était la première personnalité française de haut rang venue en Chine après cette crise. Le Premier ministre chinois a eu une entrevue avec lui, au cours de laquelle il a demandé à la partie française de prendre des actions concrètes et de répondre positivement et directement aux préoccupations de la partie chinoise concernant une question touchant à ses intérêts fondamentaux. M. Raffarin a répondu que la partie française était consciente de la sensibilité et de la grave conséquence d’un tel problème. L’opinion publique était d’avis qu’il était encore une fois l’envoyé spécial de Sarkozy pour réparer la situation. Au début du mois d’avril, il est revenu pour conduire une délégation participant au séminaire économique annuel Chine-France. Cette fois-ci, la délégation française comprenait les chefs de la quasi-totalité des entreprises françaises de renom ayant d’étroites relations de coopération avec la Chine. De toute évidence, la froideur des relations bilatérales a beaucoup inquiété le milieu industriel français. La tenue du séminaire a contribué positivement à relancer les échanges économiques et commerciaux entre les deux pays.

Grâce à leurs efforts conjugués, les deux gouvernements sont parvenus en avril 2009 à une unanimité de vues sur la restauration des relations bilatérales. Le 1er avril, les deux parties ont publié le communiqué de presse sino-français, dans lequel la France « récuse tout soutien à l’indépendance du Tibet sous quelque forme que ce soit ». Le même jour, Hu Jintao et Nicolas Sarkozy ont eu une entrevue à Londres. Ces faits montrent que les relations bilatérales ont tourné une nouvelle page, et que la coopération sino-française connaîtra désormais un vigoureux développement dans les domaines économique et commercial. Durant cette période peu commune, on a toujours vu la silhouette de M. Raffarin, ami du peuple chinois qui s’est employé à assurer le développement sain des relations franco-chinoises. Il a ainsi gagné le respect unanime des Chinois.