Hommage à Jean-Marie CHARPENTIER

Ajouté au 22/03/2011 par SHI Lei

Le 24 décembre dernier, l’architecte Jean-Marie Charpentier s’est éteint à Paris à l’âge de 71 ans. Shanghai lui doit un hommage tout particulier car il a contribué à façonner cette ville où il se rendait une dizaine de fois chaque année, lui offrant son Opéra, transformant sa rue de Nankin en rue piétonne, créant l’Avenue du Siècle qui structure la zone nouvelle de Pudong, entre autres réalisations, aussi nombreuses que remarquables. Hommage à un architecte et urbaniste d’exception, dont l’œuvre continue à travers l’agence qu’il a créée : ARTE Charpentier.

Bien connu en Chine et tout particulièrement à Shanghai pour les réalisations emblématiques qu’il a laissées à la ville, Jean-Marie Charpentier était à la tête d’une des plus grandes agences d’architecture et d’urbanisme françaises, ARTE Charpentier, qu’il fonda en 1969. Se développant au rythme des villes nouvelles (logements à Marne-la-Vallée, activités et bureaux à Cergy ou Saint-Quentin, hôtels à Roissy, etc), l’agence a également beaucoup construit à Paris : on lui doit notamment la station Saint-Lazare du Météor (la ligne 14 du métro) et sa « lentille de verre », de grandes réhabilitations, ainsi que de nombreux sièges sociaux à Paris, à la Défense, et dans d’autres villes de France, comme Lyon où elle possède également un bureau.

En plus de l’architecte, Jean-Marie Charpentier était un meneur d’hommes, capable de fédérer les talents et mobiliser les énergies. Son goût de l’aventure et de la découverte qui l’a poussé très tôt vers l’international se retrouvait dans son agence : multiculturelle, jeune, motivée, réalisant des projets aux quatre coins du monde. Expérience rare en France que cette agence patiemment construite, au prix de quarante années d’un travail sans relâche, individuel et collectif. Jean-Marie Charpentier souhaitait ardemment la pérenniser, la voir durer après lui autour d’un réseau d’associés et de collaborateurs, d’amis et de clients fidèles, selon un modèle plus anglo-saxon que français où des structures, organisées en entreprises, se transmettent de génération en génération.

L’aventure asiatique et chinoise

Si l’aventure asiatique de Jean-Marie Charpentier commence avec le Cambodge, où il vit et enseigne dans les années 1960 et où il gardera toute sa vie des activités et des liens très forts, c’est en 1984 qu’il découvre la Chine, à l’occasion d’un colloque sur le logement à Pékin qui débouche sur un projet expérimental de réhabilitation d’un quartier de Shanghai. En 1993, l’agence remporte son premier concours chinois : celui d’un centre d’expositions, qu’elle ne construira pas ; sa première réalisation est l’Opéra de Shanghai dont l’aventure commence en 1994 : quatre ans de chantier et une inauguration en 1998 pour ce bâtiment qui devient immédiatement un emblème de la ville.

A une époque où tout s’expérimente à Shanghai, Jean-Marie Charpentier, passionné par ces problématiques à l’échelle d’un continent et conquis par la Chine, sa culture et ses habitants, donne à son aventure chinoise les proportions que l’on connaît. C’est ainsi que se succèdent des projets de grands équipements (Opéra de Shanghai) ; de grands espaces publics : boulevard urbain structurant (Avenue du Siècle à Pudong), rue piétonne (rue de Nankin), grande place (Central Plaza à Pudong), ou encore éco-quartier de Wanli pour 10 000 habitants, qui reçoit le Grand Prix d’Urbanisme ; de réhabilitation d’un quartier de l’Ancienne Concession (Sinan Mansions), etc.

Ces modèles de projets ont ensuite été repris par les autres métropoles régionales de Chine. A partir de son bureau installé dans le quartier de Xintiandi à Shanghai, Arte Charpentier a donc suivi le mouvement pour travailler à Chongqing, sur l’Ilôt des Pêcheurs en cours de réalisation ; au Xinjiang, dans le désert, pour le Musée d’Ala’er ; à Wuhan pour le bâtiment des services municipaux ; au Shaanxi pour l’extension de la ville de Taiyuan et le nouvel opéra en cours de construction… et bien d’autres projets, achevés ou en cours, qui ont valu à Jean-Marie Charpentier, et à son agence, une immense reconnaissance locale.

Un architecte engagé et passionné

Jean-Marie Charpentier eut également un rôle public très important, avec des responsabilités dans de nombreuses associations ou institutions : à l’Ordre des architectes, à l’Union internationale des architectes, à l’Académie d’architecture, à l’Association des architectes français à l’export (AFEX), à l’Association des amis d’Angkor, à l’Ecole de Fontainebleau, à l’orchestre du Violon d’Ingres… et bien d’autres encore témoignant de sa volonté de répondre aux innombrables sollicitations et tentations intellectuelles de participer aux débats, à l’ouverture de la profession, à la recherche ou à l’innovation. En Chine, il n’était pas avare de ses conseils aux municipalités, avides de tirer des leçons des expériences urbaines étrangères.

Passionné par son métier, hérité de son père Claude, architecte également, ardent défenseur de Paris (il avait avec acharnement lutté pour la sauvegarde de Montmartre et contribué à l’élaboration de la Loi dite Malraux de 1962 de création de secteurs sauvegardés), Jean-Marie Charpentier partageait également avec lui une autre passion : la musique. Né dans une famille de musiciens, il avait pour grand-oncle Gustave Charpentier, l’auteur de Louise, et son père Claude avait, pendant cinquante ans, dirigé l’Orchestre du Violon d’Ingres. Jean-Marie, pianiste lui-même, avait hésité un temps entre les deux arts et les deux carrières : la musique ou l’architecture. Il choisit la seconde, mais c’est en chef d’orchestre qu’il la mena.