Alain Peyrefitte : six visites d’étude en Chine

Ajouté au 22/03/2011 par SHI Lei

En envisageant globalement la situation mondiale, le général de Gaulle, homme politique hors du commun, a pris la décision de reconnaître la République populaire de Chine en 1964. La France est donc le premier pays de l’Occident à établir des relations diplomatiques avec la Chine nouvelle au niveau d’ambassadeur. C’est avec une vive émotion que nous apprécions la sympathie des partisans du général de Gaulle pour la Chine et leurs efforts pour cultiver l’amitié entre nos peuples et nations, et pour promouvoir la compréhension de la Chine. Nous notons en particulier cinq gaullistes qui ont contribué de manière remarquable au maintien de la position amicale du général de Gaulle envers la Chine, au développement des relations sino-françaises et à la compréhension entre les deux peuples.

Alain Peyrefitte, né le 26 août 1925 à Najac dans l’Aveyron, a commencé ses études supérieures à l’Institut de littérature et du droit de Montpellier, puis à l’Ecole normale supérieure de Paris et l’Ecole nationale d’administration. Le jeune Peyrefitte possédait un talent de diplomate. Dans les années 1960-70, il a été député gaulliste à l’Assemblée nationale et a assumé, sous la présidence de Charles de Gaulle, de Georges Pompidou et de Giscard d’Estaing, les fonctions de ministre de l’Éducation nationale, de l’Information, de la Culture, de la Justice et des Fonctions publiques. Il a présidé, à l’Assemblée nationale, la Commission des Affaires culturelles et sociales, et le comité des amitiés franco-chinoises.

On ne peut pas contourner son essai Quand la Chine s’éveillera…le monde tremblera pour évoquer ses liens étroits avec la Chine. Quand il conduisait une délégation d’enquête d’hôpitaux français en Chine, en juillet et août 1971, la première délégation occidentale officielle autorisée à visiter le pays, Alain Peyrefitte a été reçu avec les honneurs du gouvernement chinois. Le premier ministre Zhou Enlai a rencontré trois fois la délégation et a eu une entrevue amicale avec M. Peyrefitte. Ces conversations lui ont permis d’appréhender la grandeur d’âme de cet homme politique chinois et de raffermir sa confiance en la politique d’amitié traditionnelle du général de Gaulle envers la Chine.

Au cours d’une réunion organisée à la mémoire du Premier ministre chinois, M. Peyrefitte s’est rappelé les trois entrevues qu’il avait eues avec lui en 1971. Il s’est déclaré fortement impressionné de prime abord par les pas alertes et le visage rayonnant de sagesse du septuagénaire. Le chef du gouvernement chinois a loué le président de Gaulle pour son initiative d’établir des relations diplomatiques avec la Chine. La Chine, a-t-il dit, admire la politique étrangère indépendante du général de Gaulle dont la disparition a été si subite qu’il n’a pas pu visiter le pays, à notre vif regret. M. Zhou a également parlé de son séjour « travail-études » à Paris, et des impressions indélébiles laissées par l’hospitalité des Français, leur attitude d’égal à égal et leur amitié envers les immigrés. M. Peyrefitte s’est également souvenu de la question qu’il avait posée à son hôte chinois, avant son départ de Beijing : « J’ai entendu dire que vous travailliez dix-huit heures par jour. N’êtes-vous pas fatigué ? » Au lieu d’évoquer sa situation personnelle, le premier ministre chinois, connu pour sa modestie et sa prudence, a répondu que « l’ensemble du peuple chinois travaille inlassablement ».

Cette enquête a mené Alain Peyrefitte dans dix-huit provinces. Il a ainsi pu connaître la situation globale à la base et avoir une vue relativement objective du travail et des conditions de vie des Chinois. Il a publié en 1973 son premier ouvrage concernant la Chine, Quand la Chine s’éveillera…le monde tremblera, comme le résultat de cette enquête. Il y a présenté la révolution et l’édification menées par les communistes chinois représentés par Mao Zedong et les succès de la Chine nouvelle dans les domaines politique, économique, culturel, éducationnel, scientifique, technologique et diplomatique. Au sujet du titre, il a révélé que lorsque ses troupes expéditionnaires avançaient jusqu’à Moscou, Napoléon Bonaparte a entendu un conseiller lui proposer de s’emparer de la Chine en même temps. Napoléon a prononcé une phrase célèbre : « Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera. » Ce propos signifie qu’aux yeux des Français, la Chine est un lion endormi, qu’il ne faut absolument pas réveiller. Alain Peyrefitte a utilisé cette phrase, présageant l’émergence prochaine du pays. Les résultats de la réforme et de l’ouverture de la Chine ont corroboré sa prédiction. Ce livre a éveillé l’intérêt des Français pour l’ancien empire oriental et a obtenu un succès considérable : il s’est vendu à 1,8 million d’exemplaires. Ainsi, Alain Peyrefitte a gagné une position d’autorité sur questions chinoises. En 1996, il a publié La Chine s’est éveillée. Vingt ans séparent la parution de ces deux livres qui ont suscité un écho réciproque, et le public les a appréciés comme des guides de connaissance sur le pays.

En réalité, M Peyrefitte s’est intéressé à la Chine dès les années 1950. Quand il travaillait au consul général de France à Cracovie, en Pologne, le hasard a voulu qu’il tombât sur une collection de notes de voyages et d’aventures conservée par le ministre des Affaires étrangères du tsar Alexandre 1er. Il s’est intéressé tout particulièrement au « Voyage dans l’intérieur de la Chine et en Tartarie, avec la mission de Lord Macartney ». Fasciné par la réception du Lord par l’empereur Qianlong au Palais d’été de Chengde, Alain Peyrefitte a eu l’idée de présenter au public occidental la société chinoise traditionnelle, par une étude comparée des deux civilisations.

Mu par cette volonté, il a visité six fois la Chine pour effectuer des enquêtes sur place. Il s’est promené sur les principales digues parcourues par la mission de Macartney et a recueilli 120 000 pages de matériaux originaux. Il est entré dans la Cité interdite de Beijing pour lire les documents relatifs à la réception de l’envoyé diplomatique d’Angleterre par la cour des Qing. Après plusieurs années d’études, il a publié en mai 1989 un récit historique, l’Empire immobile ou le choc des mondes. Il s’est rendu encore une fois à Chengde en 1993 pour assister au séminaire sur le bicentenaire de l’arrivée des émissaires anglais en Chine. Du voyage de Macartney, il a conclu que si la Chine, l’inventeur de la boussole, du papier, de la poudre et de l’imprimerie, et l’Europe, qui a découvert l’électricité et inventé le moteur à vapeur, avaient pu communiquer et coopérer, la civilisation mondiale aurait progressé plus vite.

En novembre 2002, lors du 3e anniversaire de son décès, un buste en bronze d’Alain Peyrefitte en robe de membre de l’Académie française a été érigé sur le campus de l’Université de Wuhan, au Hubei. Le peuple chinois a ainsi rendu hommage à cet ami français et souhaité que l’amitié entre les deux peuples ne cesse de se consolider et de se développer.