Les échanges commerciaux entre la France et la Chine en 2010

Ajouté au 14/03/2011 par SHI Lei

Retrouvez dans son intégralité le bulletin économique Chine N°33 (février 2011) édité par le service économique régional de Pékin. Au sommaire : un bilan des échanges commerciaux entre la France et la Chine en 2010, bilan et perspectives de l’économie de Shanghai, la zone économique spéciale de Shenzen, le budget 2011/2012 de Hong Kong et, comme chaque mois, les principaux indicateurs économiques pour la Chine.

Après une année de stabilisation (2008) et une année de forte baisse (-12,5% en 2009), les exportations de la France vers la Chine augmentent presque trois fois plus en 2010 (+37,5%) que les exportations françaises dans le monde. Cette hausse est liée pour près de la moitié (17 points) à l’augmentation de 80% des exportations aéronautiques et pour le reste à un accroissement de 30% des exportations françaises dans les autres secteurs. Cette augmentation ne parvient cependant pas à compenser la hausse plus modérée des importations françaises (+23,5%) du fait d’un niveau déjà très élevé en 2009, qui explique un solde commercial déficitaire d’un montant de -25,9 Md€. Cette tendance pourrait perdurer en 2011 malgré l’apparition de dynamiques intéressantes dans certains secteurs. Au-delà de l’asymétrie de l’ouverture des marchés chinois et européens, il faut tenir compte de l’importance des implantations françaises en Chine lorsque l’on veut caractériser la relation économique entre la France et la Chine (3ème destination d’implantation) et de l’appétence des Français pour les produits chinois et de leur prix.

1. La forte augmentation des exportations françaiseS ne parvient pas à compenser l’évolution des importations françaises

Le niveau des exportations françaises en Chine augmente de 39,4% entre 2009 et 2010 à 11,0 Mds EUR après la stabilisation de 2008 et la baisse de 2009 (-12,5%). Les importations françaises de Chine augmentent parallèlement de 23,7% par rapport à 2009. Mais le montant de ces importations, 36,9 Mds EUR, tend néanmoins à dégrader le solde commercial (25,9 Mds EUR) par rapport à 2009 (-21,9 Mds EUR en 2009) malgré l’excellent résultat en matière d’exportations, qui représente une contribution de 0,8 points à la croissance des exportations françaises en 2010.

La consolidation des échanges de la France avec Hong-Kong au sein des échanges avec la Chine, esquisse une situation un peu meilleure, avec un déficit commercial de -22,1 mns EUR.

Selon les statistiques chinoises , la part de marché française en Chine connaît une diminution de 1,30% en 2009 à 1,23% en 2010. La hausse des importations chinoises en provenance de France (+39%) reste inférieure à la hausse des importations totales chinoises (+47%). Cependant, cette augmentation est liée pour plus de 13 points à la hausse des importations de pétrole et de matières premières. Les importations en provenance de France augmentent donc plus que les importations chinoises hors énergie et matières premières. Par ailleurs la baisse de part de marché française s’inscrit dans la baisse tendancielle de celle des grands partenaires de la Chine (Japon, Etats-Unis, Union européenne, Taïwan, Corée du Sud plus récemment), du fait notamment de la hausse de la part des pays exportateurs de matières premières (Afrique, Australie) et de la hausse plus récente des importations en provenance des pays de l’ASEAN, susceptible de traduire une réorganisation de la chaîne de valeur entre ces pays. L’Allemagne, qui constitue une exception notable par le maintien de sa part de marché en tendance, connaît en 2010 une hausse de ses exportations (+41%) proche de celle de la France. Au total, sans optimisme excessif compte tenu du niveau du solde, la France aura relativement su tirer parti de la reprise chinoise en 2010. Cette analyse est confortée par les chiffres communautaires, qui montrent une augmentation en 2010 de la part des exportations françaises dans les exportations européennes (11,5% sur 10 mois 2010 pour 9,6% en 2009) et une baisse de la part allemande. La part française des importations chinoises dans l’UE augmente un peu (8,7% sur 10 mois 2010 contre 8,3% en 2009) mais reste inférieure à celle des principaux partenaires de la France.

2. La hausse de 80% des exportations aéronautiques françaises s’additionne à une hausse de 30% des autres secteurs

Le secteur aéronautique réalise près de 30% des exportations de la France en 2010 (27,4%). La hausse de 80% des exportations françaises sur ce secteur par rapport à 2009 est liée à l’augmentation des livraisons d’avions Airbus. La montée en puissance de l’usine d’assemblage final de Tianjin (2 avions de la famille A320 par mois) est par ailleurs à noter.

Les exportations françaises hors aéronautique augmentent également de 30% en 2010. Les secteurs traditionnellement importants ont tous connus des progressions supérieures à 20% (mécanique, chimie, équipements électriques, santé). Seul le secteur des équipements électroniques connaît une progression très modeste du fait d’une forte baisse des équipements de communication. Certains secteurs montent en puissance, comme le secteur des vins et spiritueux (+80%), le secteur agro-alimentaire hors vins et spiritueux (+27%) (l’ensemble du secteur agro-alimentaire représentant ainsi plus de 8% des exportations françaises en Chine), le secteur automobile (+60%) principalement du fait de livraisons de pièces, les véhicules assemblés ne représentant que 15% des exportations françaises du secteur en Chine.

Au total, les principales contributions à la hausse de 40% des exportations françaises en 2010 sont l’aéronautique (16,8 points), les industries mécaniques (3,3 points), les vins et spiritueux (3,2 points), les équipements électriques et l’automobile (2,4 points chaque), la chimie (2,2 points) et la santé (1,5 points). La seule contribution négative est celle de la bijouterie (-0,12 points).

Les importations chinoises se concentrent toujours sur les secteurs des biens de consommation dans le domaines des équipements électroniques (ordinateurs et équipements de communication) et électriques, ainsi que dans celui du textile habillement, chaussure. L’augmentation de 23,7% est lié à l’augmentation quasi mécanique de l’ensemble des secteurs : équipements électroniques (6,9 points), textiles habillement (2,9 points), équipements électriques (2,9 points), mécanique (1,8 points), chimie, maroquinerie et bois mobilier (1,2 point chacun). A noter également une forte progression des importations dans le domaine de la santé (progression de 52%, avec une contribution de 1,5 points à la croissance des importations) du fait d’une hausse de 80% des produits pharmaceutiques de base et d’une hausse de 25% des instruments et outils médicaux et une hausse moyenne supérieure.

Au total, les chiffres 2010 se situent un peu au-dessus de la tendance des échanges de la France sur 10 ans, après une année 2009 atypique du fait de la crise. Les prévisions de croissance pour 2011, le maintien probable de la hausse des livraisons aéronautiques en 2011, le développement de dynamiques positives dans certains secteurs ou l’effet levier possible de certains investissements pourront maintenir une augmentation des exportations françaises en Chine. Mais la hausse continue en France d’importations chinoises de biens de consommation laisse penser à une situation fin 2011 qui pourrait ressembler à celle de 2010, avec un déficit susceptible de s’accroître.

Rodolphe Pellé

Conseiller économique, SER de Pékin