Comment promouvoir les relations Chine–Union européenne?

Ajouté au 28/02/2011 par SHI Lei

A l’heure où la Chine est souvent perçue comme une menace et non comme un partenaire, ce texte fait le point sur les relations entre deux entités incontournables sur l’échiquier mondial.

APRÈS une longue période d’ajustements, les relations Chine–Union européenne (UE) affichent une tendance de développement encourageant.

En octobre 2010, le premier ministre Wen Jiabao a entamé une visite officielle en Grèce, en Belgique, en Italie et en Turquie. Dans son discours prononcé devant le Parlement grec, il a indiqué que les relations Chine-UE ont atteint une profondeur et une ampleur sans précédent.

Lors de l’ASEM8 (huitième sommet Asie-Europe) et du XIIIe Sommet Chine-UE, qui se sont tenus à Bruxelles en octobre dernier, les dirigeants chinois et belge ont exprimé leur satisfaction concernant le renforcement de leurs relations bilatérales dans la lutte contre la crise financière mondiale. D’après eux, les deux parties devraient viser à réaliser un plus large développement de leurs relations bilatérales dans le contexte où l’économie mondiale sort peu à peu de la crise financière mondiale et où la Chine et l’UE se sont engagées dans une étape de développement important. Le premier ministre Wen s’est également rendu en Allemagne pour s’entretenir avec la chancelière Angela Merkel.

Concernant ce voyage du premier ministre, le ministre des Affaires étrangères Yang Jiechi croit que l’Europe et l’Asie affrontent les mêmes défis et assument les mêmes responsabilités, au moment où il y a une reprise de l’économie mondiale, mais où la base est instable et où l’impact profond de la crise financière se fait encore sentir. D’après lui, l’objectif du voyage du premier ministre consiste à renforcer la confiance mutuelle à travers le dialogue et à promouvoir le développement commun par la coopération.

Un mois après le voyage du premier ministre, le président Hu Jintao a effectué deux visites d’État, l’une en France et l’autre au Portugal. Celle en France, la première depuis six ans, présagent des relations plus mûres et harmonieuses entre les deux pays. C’était la première fois qu’en tant que président de la France, Nicolas Sarkozy accueillait un dirigeant étranger à l’aéroport. Lors de son interview accordée au Figaro, le président Hu Jintao a exprimé : « L’important, c’est de dépasser, dans notre coopération, le simple commerce-investissement pour créer un partenariat d’égal à égal, de valoriser nos atouts culturels en vue d’échanges intellectuels et humains accrus, et de renforcer la coopération stratégique face aux défis planétaires. » Pour ce qui est de la visite d’État au Portugal, c’était sa première en tant que président de la Chine et la première visite d’État de la Chine au Portugal depuis onze ans.

Juste après le retour d’Europe du président Hu Jintao, David Cameron, premier ministre du Royaume-Uni, est venu en Chine en compagnie de la plus importante délégation commerciale britannique de l’histoire. Durant deux jours intenses de rencontres, les deux pays ont signé plusieurs contrats dans le domaine de l’économie et de l’éducation; ils ont aussi signé des lettres d’intention pour des coopérations dans de nouveaux secteurs comme la fabrication de médicaments, l’économie d’énergie et la protection de l’environnement. La valeur du commerce entre les deux pays s’est élevée à 35,7 milliards $US durant les trois premiers trimestres de 2010, soit 30 % de plus que durant la même période de 2009. De cette valeur, l’exportation des produits britanniques vers la Chine a connu une croissance de 43 %. Pour l’instant, les entreprises de la partie continentale de Chine ont déjà investi plus de 300 millions de livres sterling, créant ou permettant de conserver plus de 1 200 emplois au Royaume-Uni.

La raison pour laquelle les relations Chine-UE peuvent surmonter les obstacles et se développer de manière continue, c’est que leur développement convient au désir des peuples des deux parties et correspond également à l’intérêt commun de ces deux parties. Bien que la Chine et l’UE ne soient pas à la même étape de développement et aient une culture et un système politique différents, les deux parties peuvent bien se compléter en matière économique. De plus, elles n’ont pas de conflits d’intérêts fondamentaux, mais quantité de points communs, dont les suivants : les deux poursuivent le multilatéralisme et préconisent la préservation d’un monde multiculturel, et ils sont des participants et des bâtisseurs actifs du système international.

En vue de promouvoir davantage les relations Chine-UE, il faut que les deux parties réfléchissent sérieusement aux points suivants :

Comment renforcer la compréhension mutuelle?

Sur la base des Cinq principes de coexistence pacifique, seul le renforcement de la compréhension mutuelle permet aux deux parties de se traiter d’égal à égal et d’élargir le consensus, afin qu’elles puissent bien se comprendre et se soutenir mutuellement dans les questions touchant leurs intérêts essentiels et les questions importantes de préoccupation commune.

Le manque de compréhension mutuelle est un problème dans les relations Chine-UE, et c’est la source de l’impossibilité à régler divers problèmes qui perdurent dans leurs relations. Par conséquent, les deux parties doivent prendre des mesures efficaces pour renforcer cette compréhension.

Maintenir des échanges soutenus de haut niveau est sans aucun doute un moyen nécessaire pour accroître la compréhension mutuelle.
Cependant, les deux parties doivent également prendre d’autres mesures, dont les plus importantes touchent deux domaines. Premièrement, il faut resserrer les échanges scientifiques bilatéraux. La Chine et l’UE attachent une grande importance au rôle que jouent les milieux scientifiques. Dans ce contexte et dans l’intention de fournir des informations et propositions justes aux décideurs, il est nécessaire de développer les échanges sous diverses formes. Deuxièmement, il faut multiplier les échanges entre les médias. Chaque fois que les relations entre la Chine et l’UE ont connu des hauts et des bas, les médias se sont efforcés de les couvrir. En conséquence, tout en renforçant la communication et en relatant ce qui se passe chez l’autre partie de manière objective, les médias des deux parties doivent apprendre l’un de l’autre pour que le public et les décideurs puissent avoir des informations exactes.

Étant donné les différences entre la Chine et l’UE en matière de système politique, de niveau de développement économique, de culture et de conception des valeurs, il existe des différends non négligeables sur des questions comme la démocratie et les droits de l’homme. Certes, la Chine doit continuer ses efforts dans ces domaines, pour que la supériorité du régime socialiste se concrétise mieux. Néanmoins, pour que les relations entre les deux parties soient un modèle de coopération Sud-Nord, l’UE doit respecter la souveraineté de la Chine, tenir pleinement compte des conditions nationales de la Chine et dissiper ses préjugés à son égard.

Comment diminuer les frictions commerciales?

L’abondance de la main-d’œuvre constitue l’avantage comparatif de la Chine. Voilà pourquoi exporter des produits à forte intensité de main-d’œuvre est son meilleur choix au cours de la réforme et de l’ouverture. Cependant, face aux produits chinois de bonne qualité et à bas prix, l’UE ne cesse de recourir à des mesures antidumping pour protéger son marché.

Bien qu’il n’y ait qu’une proportion limitée des exportations de produits chinois vers cette région qui subissent l’impact de ces mesures imposées par l’UE, les secteurs chinois touchés sont victimes de ce protectionnisme. Des données de l’OMC ont révélé que depuis 1979, année où l’UE a commencé à appliquer ce type de mesures contre des exportations chinoises comme la saccharine, L’UE est devenue le partenaire commercial qui impose le plus grand nombre de mesures antidumping contre les produits chinois.

Comme l’UE ne veut pas reconnaître le statut d’économie de marché pour la Chine, au moment de juger si la Chine pratique le dumping, il arrive souvent à l’UE de se référer de manière inadéquate aux prix des produits d’exportation d’un pays tiers, et cette pratique place les produits chinois en situation défavorable.

Par conséquent, d’une part, la Chine doit s’efforcer d’améliorer la structure de son commerce extérieur pour diminuer autant que possible les occasions de s’exposer à des mesures prises par les autres, et, d’autre part, l’UE doit respecter les règles de l’OMC pour accroître les exportations de produits de technologies de pointe vers la Chine et donner d’exemple d’une entité qui combat le protectionnisme et préconise le libre échange.

Connaître adéquatement l’environnement d’investissement en Chine.

Le 22 novembre dernier, la Commission nationale pour le commerce italien et la Confindustria (Fédération générale de l’industrie italienne) ont envoyé en Chine une mission d’étude composée de 66 représentants du secteur automobile pour qu’ils y analysent la possibilité d’investir ou de créer des entreprises. Tel que le rapporte M. Mauro Ferrari, vice-président de l’ANFIA (l’Association nationale de l’industrie automobile italienne), cette association espère que, particulièrement après le succès de Fiat en Chine, davantage de PME italiennes de l’automobile pourront s’implanter au pays et partager les opportunités créées par l’essor rapide du marché automobile chinois.

Ces dernières années, malgré le vif intérêt affiché par les entreprises européennes pour investir dans le marché chinois, l’UE a maintes fois critiqué l’environnement d’investissement en Chine. Par exemple, dans la dixième édition de l’European Business in China Position Paper 2010-2011 (Exposé de position 2010-2011 sur les entreprises européennes en Chine), publié le 2 septembre dernier, l’EUCCC (Chambre de commerce de l’Union européenne en Chine) a déclaré que la Chine restait encore l’un des marchés ayant le contrôle le plus strict dans le monde et que les entreprises de l’UE y affrontaient encore bon nombre d’obstacles. Le rapport a également indiqué qu’une meilleure ouverture des conditions d’accès au marché et un environnement plus équitable en Chine favoriseraient non seulement les investissements européens, mais aussi entraîneraient l’économie chinoise vers un mode de développement plus équilibré. Toujours selon ce rapport, pour que les entreprises européennes puissent jouer un rôle encore plus important, il faut que la Chine leur accorde un traitement plus équitable et de meilleures conditions d’accès.

Ces jugements sont plutôt partiaux. Quel que soit le pays, le processus de développement économique et l’environnement du marché font l’objet de changements constants, et la Chine ne fait pas exception. Au début de la réforme et de l’ouverture, l’économie de marché n’était pas encore perfectionnée, et l’investissement international risquait de débourser des coûts de revient supplémentaires dans cette économie de marché naissante; la Chine a donc fourni des garanties politiques dites « supérieures au traitement national »; parmi elles, la réduction ou l’exonération d’impôts. Après une trentaine d’années, l’économie chinoise est dans une nouvelle phase de développement, et l’économie de marché s’est perfectionnée.

Le coût de revient supplémentaire des entreprises étrangères est maintenant nettement moindre, mais la concurrence que ces dernières se livrent entre elles s’est accentuée. Il est donc temps d’abolir progressivement les mesures préférentielles dont profitaient les entreprises étrangères. Pour ce qui est des entreprises européennes, elles doivent cesser de se plaindre du rajustement des politiques chinoises et de soupçonner les changements de l’environnement d’investissement du pays. Au moment où la Chine accélère la reconversion de son mode de développement économique, il est impératif que ces entreprises exploitent leur avantage comparatif et qu’elles réexaminent et réorientent leur mode d’investissement et d’exploitation pour saisir l’espace immense et les opportunités stratégiques qu’offrira le développement de la Chine.

Lors du Davos d’été qui a lieu à Tianjin en septembre dernier, une section spéciale a été consacrée aux discussions sur l’environnement d’investissement en Chine. Des cadres supérieurs de trois multinationales qui y ont participé ? GM, Coca Cola et la chaîne japonaise de magasins Lawson ? ont estimé que cet environnement ne s’était pas détérioré. Par la suite, l’animateur ayant posé aux 200 participants la question « Combien d’entre vous pensent que l’environnement d’investissement en Chine s’est détérioré? », moins de dix personnes ont levé la main.

Comment envisager de façon juste la protection de la propriété intellectuelle?

L’UE se plaint souvent que la Chine n’attache pas d’importance à la protection de la propriété intellectuelle. Évidemment, en tant pays en développement, la Chine est confrontée à de nombreux défis importants pour renforcer cette protection. Mais l’UE doit réaliser que la Chine en fait grand cas et qu’elle a mis en place des mesures vigoureuses à cet égard. Le 19 octobre dernier, la réunion des membres permanents du Conseil des affaires d’État, présidée par le premier ministre Wen Jiabao, a décidé qu’à partir de la fin de ce mois-là, une campagne nationale spéciale de six mois serait menée pour combattre la violation de la propriété intellectuelle, de même que la fabrication et la vente de produits de contrefaçon et d’articles de mauvaise qualité. Visant à protéger, entre autres, les droits d’auteur et la propriété de marques de fabrique, de brevets et de nouvelles espèces de plantes, cette campagne touche essentiellement les secteurs comme la presse et la publication, la culture et les divertissements, les technologies de pointe et l’agriculture. Elle se passe principalement dans les lieux suivants : là où se concentre la fabrication des produits; là où ils sont échangés; et dans les zones où se passent fréquemment des affaires liées à ce type de problèmes. La campagne consiste à prendre des mesures sérieuses contre ce type d’affaires et à étaler au grand jour les entreprises qui violent les règles et les lois. Elle vise à sensibiliser les entrepreneurs sur l’honnêteté et la loyauté, à former un climat social marqué par le boycottage volontaire des produits de contrefaçons et des articles de mauvaise qualité, de même qu’à créer un bon environnement de protection de la propriété intellectuelle.

Comment percevoir la croissance rapide de la Chine?

La croissance rapide de la Chine a eu un impact important sur l’échiquier mondial. L’Europe doit réaliser que le développement de la Chine est indissociable de celui de l’ensemble du monde et vice versa. En tant que grand pays responsable, la Chine travaille toujours activement à sauvegarder la paix dans le monde et à promouvoir le développement en commun. Elle suivra toujours fermement la voie du développement pacifique, poursuivra la stratégie d’ouverture accompagnée de bénéfices mutuels et encouragera l’édification d’un monde harmonieux marqué par la paix durable et la prospérité commune. L’UE doit considérer la croissance rapide de la Chine comme une occasion extrêmement rare, plutôt qu’une menace.

D’ailleurs, la croissance rapide de la Chine procure de nouvelles chances à la coopération bilatérale dans de multiples domaines. Par exemple, étant donné que le G20 joue un rôle de plus en plus important dans le monde, la Chine et l’UE sont en mesure de coordonner leur position et de collaborer étroitement dans cette tribune multilatérale. Par l’intermédiaire de la communication et des négociations, les deux parties peuvent également trouver de bonnes solutions aux grands problèmes internationaux, dont le défi du changement climatique, la lutte contre le terrorisme et le cycle de Doha des négociations de l’OMC. Elles peuvent aussi agir en synergie pour économiser l’énergie et développer l’économie bas carbone.

Dans son discours prononcé à l’université de Beijing le 10 novembre dernier, David Cameron a indiqué : « Le succès de la Chine ? et son succès continu ? est une bonne chose pour la Grande-Bretagne et une bonne chose pour le monde. » Et d’ajouter : « Concernant le débat sur la manière d’évaluer la montée de la Chine, je dis que c’est une opportunité. J’ai choisi l’engagement et non le repli, le dialogue plutôt que l’impasse, les bénéfices réciproques et non le jeu à somme nulle, le partenariat plutôt que le protectionnisme. »

Somme toute, les perspectives des relations Chine-UE sont fort probablement prometteuses. Sur le plan politique, les dirigeants de la Chine et de l’UE ont établi un mécanisme de rencontre annuelle et 17 autres mécanismes de consultation politique. Les négociations sur l’Accord de coopération et de partenariat Chine-UE ont démarré. Les relations bilatérales sont passées d’un partenariat constructif à un partenariat global pour aboutir à un partenariat stratégique global. Dans le domaine économique, le volume du commerce bilatéral a été multiplié par 176 en 35 ans.

L’UE est le plus important partenaire commercial de la Chine depuis six années consécutives, alors que la Chine est devenue le deuxième partenaire commercial de l’UE. Celle-ci est la première source des technologies de la Chine et sa quatrième source d’investissement. En ce qui concerne la culture, les échanges bilatéraux se font toujours plus fréquents. Si la Chine et l’UE peuvent régler correctement les problèmes qu’elles affrontent, les relations bilatérales connaîtront sûrement un développement plus rapide.

Par JIANG SHIXUE

*JIANG SHIXUE est vice-directeur de l’Institut de recherche sur l’Europe, relevant de l’Académie des sciences sociales de Chine.