Facebook fait un pas vers la Chine

Ajouté au 27/12/2010 par SHI Lei

Le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, est en Chine, et ce n’est pas uniquement pour faire du tourisme : avec ses 420 millions d’utilisateurs du net, la Chine est un marché incontournable que le réseau social ne peut négliger… au prix d’un peu de censure?
En 2008, le premier ministre Wen Jiabao avait ouvert un compte Facebook

En 2008, Facebook avait été bloqué par la censure peu de temps après le lancement de sa version chinoise. Après une période de coupures intermittentes, il était devenu définitivement inaccessible sans proxy en juillet 2009. Mais Mark Zuckerberg, son fondateur, n’est pas rancunier.

Après plusieurs années d’hésitation, celui qui vient d’être élu homme de l’année par le Times magazine a entrepris cette semaine son premier voyage connu à l’intérieur de la grande muraille du web, sans tenter de dissimuler ses intentions commerciales.

Il faut dire que l’absence du réseau social dans ce pays continent, symbolisée par du vide sur une récente carte des utilisateurs de Facebook, a de quoi agacer le jeune entrepreneur. En restant hors du web chinois, Facebook se prive de la bagatelle de 420 millions d’utilisateurs potentiels.

« Comment peut-on connecter le monde entier si on laisse de côté 1 milliard de personnes ? », interrogeait Zuckerberg lors d’un discours en octobre.

Facebook battra-t-il ses copies chinoises ?

En l’absence de Facebook, cet énorme gâteau reste pour le moment à la disposition de sites chinois équivalents, en grande partie copiés sur leur modèle américain. Il s’agit, entre autres, de Kaixin, avec ses 80 millions d’utilisateurs, et de Renren, qui en compte 150 millions.

S’ils n’ont pas l’influence économique et l’implantation internationale de Facebook, ces sites ont pourtant l’avantage d’être culturellement proche des Chinois et d’être déjà bien implantés.

Mais il en faut plus que ça pour décourager Mark Zuckerberg. Affirmant consacrer une heure par jour à l’étude du chinois, le jeune homme a commencé son voyage en Chine par une rencontre avec Robin Li, fondateur du moteur de recherche le plus populaire du pays, Baidu.

Les deux hommes envisagent-ils de faire équipe dans l’aventure chinoise de Facebook ? Mystère : rien n’est sorti de cet entretien, sauf une photo floue des deux hommes, prise à la volée par une employée de Baidu à la cantine de l’entreprise et diffusée sur le web chinois.

Pour autant, s’implanter en Chine ne sera pas aisé. La Chine “est extrêmement complexe et a sa propre dynamique”, reconnaissait M. Zuckerberg en octobre. C’est pourquoi, pour mieux adapter son site aux consommateurs chinois, il expliquait que si “la Chine a des valeurs très différentes des nôtres”, il passerait “beaucoup de temps à étudier la question”.

Ethique ou business?

La principale question, pourtant, reste de convaincre le gouvernement chinois. Car pour retrouver droit de cité dans l’empire du milieu, Facebook devra se conformer aux lois en vigueur. Toutes les entreprises doivent le faire, comme l’avait rappelé le gouvernement chinois au géant californien Google, qui avait tenté de défier la censure il y a un an.

Lors de la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix il y a une semaine, en l’absence du premier concerné qui croupissait en prison, le web chinois a été purgé des mots clef « chaise vide », qui étaient devenus représentatifs du combat pour la liberté d’expression et de la brutalité du gouvernement chinois.

S’il était déjà en Chine, Facebook aurait-il accepté de participer à l’entreprise obscurantiste des autorités, par ailleurs pratiquée au jour le jour sur toutes sortes de sujets ?

Sur ce point, Zuckerberg évoque les différences culturelles et rapelle que le site respecte la loi des différents pays, en interdisant, par exemple, l’interdiction des pages à caractère Nazi en Allemagne.

Et de s’expliquer : “Je ne veux pas que Facebook soit une entreprise américaine. Je ne veux pas que cela soit une entreprise qui répande les valeurs américaines à travers le monde”.

Facebook se vendra-t-il a Pékin ?

Mais alors que des critiques accusent déjà Facebook de mal protéger les données personnelles, voire de les vendre à des annonceurs, l’image du site sera sans doute encore plus dégradée s’il accepte de se plier au jeu de la censure.

D’autant que Facebook a déjà des antécédents : il y a huit mois, plusieurs activistes chinois avaient écrit une lettre ouverte à Mark Zuckerberg après la fermeture d’une page intitulée “n’oublions jamais le 4 juin”, dédiée aux mouvements de 1989.

Alors que l’entreprise évoquait des “problèmes techniques”, les auteurs de cette lettre, qui assurent avoir recensé plusieurs cas similaires, appelaient l’entreprise à “en finir avec ce harcèlement apparemment effectué au nom de Pékin”.

Alors, Facebook, vendu au gouvernement chinois? Il est pour l’instant impossible de l’affirmer. Mais cela pourrait bien n’être plus qu’une question de temps.