2010 : la relation sino-française se tourne vers le monde

Ajouté au 14/12/2010 par SHI Lei

Quarante-six ans se sont écoulés depuis l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France en 1964. Il y a treize ans, en 1997, l’établissement du partenariat global stratégique entre les deux pays a marqué l’entrée de leur relation dans une nouvelle ère. L’année 2010 qui se termine a vu le développement d’une relation mature, stable et tournée vers le monde.

En faisant le bilan de 2010, on constate que ce développement a été particulièrement marqué par les visites mutuelles des dirigeants de haut niveau et les contacts directs fréquents et approfondis lors de réunions internationales.

Ce cycle de visites a commencé par la visite officielle fin 2009 du premier ministre français François Fillon, sur invitation de son homologue chinois Wen Jiabao. En rencontrant M. Fillon, le président chinois Hu Jintao a déclaré qu’il espérait porter le partenariat global stratégique des deux pays à un plus haut niveau. Le président du comité permanent de l’Assemblée populaire nationale (APN) Wu Bangguo a affirmé lors de sa rencontre avec le premier ministre français que les relations des deux pays ont dépassé la sphère bilatérale et revêtent une signification globale. Wen Jiabao a avancé quatre propositions sur l’agrandissement de la coopération bilatérale, toutes approuvées par la partie française.

Du 27 avril au 1er mai, le président français Nicolas Sarkozy a effectué avec sa femme une visite d’État de cinq jours en Chine. Il s’agissait de sa deuxième visite d’État en Chine depuis sa prise de fonctions en 2007. Il a assisté en invité d’honneur à la cérémonie d’ouverture de l’Exposition universelle de Shanghai. Cet arrangement diplomatique spécial a illustré les attentes et l’importance que les deux parties attachaient à cette visite. Tout porte à croire qu’elle a eu une forte signification politique. Lors de leur entretien, Hu Jintao a avancé quatre propositions concrètes pour porter le partenariat global stratégique vers un nouveau palier, tandis que Nicolas Sarkozy a précisé que la Chine était un partenaire stratégique crucial de la France et a souhaité que les deux parties renforcent leur coopération et leurs consultations dans les actions internationales multilatérales, dont le sommet du G20. Il a invité le président Hu à se rendre en France au cours de l’année. Le président du comité permanent de l’APN Wu Bangguo et le premier ministre Wen Jiabao ont également exprimé leurs intentions de renforcer la coopération politique bilatérale lors de leur rencontre avec M. Sarkozy.

Par la suite, des visites mutuelles ont été réalisées entre les dirigeants des corps législatifs. En juin, Bernard Accoyer, le président de l’Assemblée nationale française, a assisté à la Journée du pavillon français à l’Exposition universelle de Shanghai. En juillet, le président du comité permanent de l’APN Wu Bangguo s’est rendu en France. Ces échanges ont démontré l’ambiance amicale très forte, l’élargissement des domaines de coopération et l’élévation du niveau de coopération.

Les relations bilatérales ont atteint leur point culminant au début du mois de novembre, lorsque le président Hu Jintao a effectué une visite d’État couronnée de succès en France. Il s’agissait de sa deuxième visite officielle en France après celle d’État en 2004. Les observateurs ont rapporté que Sarkozy a réservé une réception courtoise spéciale à son homologue chinois : lui-même et sa femme se sont rendus à l’aéroport pour attendre l’avion du président Hu ; il a accompagné les hôtes chinois pour aller à l’Esplanade des Invalides dans le centre de Paris pour une solennelle cérémonie d’accueil ; il a accompagné Hu Jintao à Nice. Au cours des quarante-cinq heures du président chinois en France, il y a eu cinq rencontres entre les deux dirigeants, y compris deux entretiens officiels et deux dîners d’honneur. Les multiples contacts directs ont évidemment dépassé le sens symbolique du protocole diplomatique au plus haut degré. L’échange de visites entre les chefs d’État des deux pays avec un intervalle de six mois seulement est très rare dans l’histoire des relations diplomatiques sino-françaises. Tout montre que les relations politiques des deux pays connaissent un essor sans précédent.

Ce qui intéresse le plus les observateurs politiques, de toute évidence, est la Déclaration conjointe sur le renforcement du partenariat global stratégique. Cette dernière définit dès le début que les deux pays décident de donner une nouvelle impulsion à leur relation, pour bâtir un partenariat global stratégique de type nouveau, mature, stable, basé sur la confiance mutuelle et les bénéfices réciproques, et tourné vers le monde.

Ce document important donne des principes directeurs au développement futur des relations sino-françaises. Dans son discours, le président Hu a exprimé le souhait de la partie chinoise d’enrichir, dans un monde en mutations profondes et complexes, les relations sino-françaises et contribuer au développement d’un partenariat d’égalité entre les grands pays du monde. Pour ce faire, il a avancé quatre propositions : « se respecter mutuellement pour approfondir la confiance stratégique réciproque, avancer avec le temps pour innover dans la coopération concrète, mettre en valeur les atouts pour multiplier les échanges intellectuels et humains, renforcer la concertation pour relever ensemble les défis ».
Le dynamisme des relations sino-françaises n’est pas dû au hasard ; il peut être expliqué par quatre raisons principales.

Premièrement, les deux parties s’en tiennent à une approche stratégique et de long terme

Les relations bilatérales ont parfois connu des revers, comme après les incidents de 2008, sans doute causés par l’instabilité de la politique du nouveau gouvernement français envers la Chine. Néanmoins, le dirigeant français possède une sagesse politique et une vision stratégique. Dans le contexte de la crise financière, le président Sarkozy a immédiatement voulu normaliser ses rapports avec la Chine. Depuis, la politique du gouvernement français vis-à-vis de la Chine est devenue plus rationnelle et plus mûre, car l’ingérence dans les affaires intérieures de la Chine et les actions irrespectueuses de ses intérêts fondamentaux et préoccupations portent atteinte non seulement aux relations sino-françaises, mais aussi, dans une large mesure, aux intérêts fondamentaux de la France. En gardant un esprit lucide, la partie chinoise a souhaité éviter le recul continuel des relations bilatérales et les promouvoir. C’est grâce aux efforts communs et aux consultations étroites des deux pays que les relations ont pu être restaurées à temps et développées. On peut ainsi dire qu’après les revers, les relations sino-françaises ont une base plus ferme, ce qui crée des conditions favorables pour les porter à un nouveau palier de développement durable.

Deuxièmement, l’approfondissement de la coopération économique et commerciale

La France est maintenant le quatrième partenaire commercial de la Chine au sein de l’UE et le deuxième exportateur européen de technologies vers la Chine, tandis que la Chine est le septième plus grand partenaire commercial de la France et son plus grand partenaire en Asie. Ces dernières années, la relation économique et commerciale a été en particulier marquée par le niveau accru de la coopération dans les technologies de pointe avec des succès remarquables. Des accords ont été conclus dans l’électricité nucléaire, les énergies propres, la recherche et le développement d’avions de ligne. Des accomplissements réels ont été réalisés en matière de technique nucléaire et de construction. Actuellement, les deux pays procèdent au réajustement de leurs structures industrielles et au changement de leurs modèles de développement pour relever les défis mondiaux. Cela offre de bonnes occasions pour explorer de nouveaux domaines de coopération. La complémentarité évidente et la signification stratégique de la coopération seront plus marquées dans le contexte de la réponse mondiale à la crise financière, de la reprise économique et du développement des nouvelles technologies, ainsi que de l’exploration de nouveaux pôles de croissance. Durant cette visite de Hu Jintao en France, les deux parties ont signé des contrats pour une valeur totale de vingt milliards de dollars américains, portant sur l’aéronautique, l’électricité nucléaire, la communication, l’énergie et d’autres domaines de technologies de pointe. La coopération bilatérale renforcée et élargie consolide leur relation pour un développement stable à long terme.

Troisièmement, le renforcement de la coopération politique pour relever les nouveaux défis mondiaux de l’ère post-crise

Dans l’ère post-crise de l’économie mondiale, l’amélioration de la gouvernance et l’établissement d’un nouveau système financier constituent d’importantes questions de la communauté internationale. En tant que présidente du G20 et du G8 en 2011, la France vise des accomplissements à la hauteur d’un grand pays. La Chine, le plus grand pays émergent, représente un poids important dans la lutte contre les défis mondiaux. Par conséquent, le renforcement de la coopération sino-française peut jouer un rôle important. La France a de grandes attentes envers la Chine en la matière. M. Sarkozy a assuré que sans la Chine, aucun succès ne saurait être atteint. Il a espéré réformer le système monétaire et financier lors du G20 et a proposé que les colloques de haut niveau en marge du sommet se tiennent en Chine.

Le climat est l’un des sujets clés de la politique internationale et fait l’objet de désaccords entre divers pays. La France a suggéré un changement du modèle de développement économique pour réaliser une économie à bas carbone et un développement durable, et a donné des objectifs quantitatifs en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Elle a poussé l’Union européenne à instituer un « paquet climat-énergie ». En accordant une grande importance à l’environnement, le gouvernement chinois a avancé des objectifs concrets en matière de réduction des émissions. Il est en train de promouvoir activement le changement du mode de développement économique pour réaliser un développement durable, pratiquer le concept de développement scientifique et préconiser un style de vie à faible empreinte carbone. Le renforcement de la coopération sino-française jouera un rôle actif en vue de la conclusion d’accords multilatéraux internationaux en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

Enfin, l’évolution géopolitique offre un large espace de développement au renforcement du partenariat global stratégique sino-français

Les États-Unis et l’Europe, les deux plus grandes entités économiques du monde, ont été frappés lourdement par la crise financière et la récession économique. L’impact négatif ne se dissipera pas à court terme. La puissance générale des États-Unis et de l’Europe est en train de reculer. Parallèlement, le redressement rapide de l’Asie a connu un effet de vague irrésistible. Les regards se portent désormais sur cette région émergente, en particulier sur la Chine. Le changement du rapport de force entre les États-Unis, l’Europe et l’Asie a entraîné une évolution géopolitique et une nouvelle relation stratégique entre ces trois acteurs.

En tant que grand pays d’Europe, la France s’en tient toujours à son principe d’indépendance dans la sauvegarde des intérêts de l’État et de la sécurité européenne, ce qui pourrait amener à des contradictions et des frictions avec les États-Unis qui poursuivent l’hégémonisme. Après l’éclatement de la crise financière mondiale, des divergences sont apparues entre la France et les États-Unis sur de nombreux sujets d’importance comme la réforme du système monétaire, la surveillance et la gestion de la finance, la crise de la dette européenne et la gouvernance économique mondiale. L’Europe, plongée dans la récession, voit son influence de jour en jour affaiblie et rivalise difficilement avec les États-Unis. La France porte donc son regard vers la Chine, afin de chercher à développer une coopération stratégique.

Quant à la Chine, qui connaît une progression rapide de sa puissance générale et une influence accrue sur le plan international, elle est aussi confrontée à de grandes pressions, notamment en raison de nouveaux défis qui sont apparus depuis le début de l’année dans son voisinage. Les États-Unis n’ont cessé de durcir le ton sur le taux de change du yuan. Plusieurs disputes avec les pays voisins encerclent la Chine. Malgré des divergences entre la Chine et l’Europe, les deux parties privilégient leurs intérêts économiques. Par conséquent, le renforcement de la coopération large entre la Chine et l’Europe, et particulièrement avec la France, est logique. Depuis le début de l’année, malgré des frictions incessantes entre la Chine et les États unis, les visites en Chine du président français Nicolas Sarkozy, de la chancelière allemande Angela Merkel et du premier ministre anglais David Cameron se sont succédées, ce qui a grandement fait progresser les relations bilatérales et marque un exploit dans l’histoire de la relation sino-européenne. Cela illustre bien l’évolution des relations entre les États-Unis, l’Europe et la Chine.

Avec l’évolution de la structure politique mondiale, notamment la relation triangulaire entre les États-Unis, l’Europe et la Chine, les besoins mutuels des deux derniers se rapprochent, et l’importance de renforcer la coopération stratégique est primordiale. Dans ce contexte, le caractère stratégique et global de la relation sino-française est parfaitement clair.