La Chine entend renforcer les relations avec la France et d’autres pays européens

Ajouté au 17/11/2010 par SHI Lei

Avant d’entamer des visites d’Etat en France et au Portugal prévues du 4 au 7 novembre, le président chinois Hu Jintao a évoqué mardi, dans des interviews écrites respectivement accordées au quotidien français Le Figaro et à l’agence de presse portugaise Lusa, les relations sino-française, sino-portugaise et sino-européenne, le prochain sommet du G20 à Séoul, la voie de développement de la Chine et son devenir, ainsi que la construction de l’ordre international au 21e siècle.

Répondant à la question de savoir qu’est-ce que doivent faire la Chine et la France pour développer leur partenariat global stratégique dans le nouveau contexte, M. Hu a indiqué : “la relation sino-française a une dimension stratégique unique. Depuis l’établissement de leurs relations diplomatiques il y a 46 ans, nos deux pays ont mené une coopération fructueuse dans tous les domaines. Aujourd’hui, dans une situation internationale en mutation profonde et complexe, ils ont à innover dans cette relation, surtout parce qu’ils sont membres permanents du Conseil de sécurité et grands pays responsables sur la scène internationale. La Chine, de son côté, est prête à renforcer, par un dialogue franc et sincère, la connaissance et la confiance réciproques avec la France pour continuer à assurer, dans un esprit de respect mutuel et d’égalité, un développement sain et régulier de leurs relations, et à élargir les échanges commerciaux en faisant progresser, à pas assurés, la coopération traditionnelle que représentent l’électronucléaire et l’aéronautique, et en développant activement de nouveaux partenariats dans les secteurs de l’économie d’énergie, de l’environnement, des technologies de l’information, des industries haut de gamme, des nouvelles énergies et des nouveaux matériaux”.

“L’important, c’est de dépasser, dans notre coopération, le simple commerce-investissement pour créer un partenariat d’égal à égal, de valoriser nos atouts culturels en vue des échanges intellectuels et humain accrus, et de renforcer la coopération stratégique face aux défis planétaires. Je suis convaincu qu’avec les efforts conjugués de part et d’autre, le partenariat global stratégique sino-français accèdera à un nouveau palier dans l’intérêt des deux peuples et des autres peuples du monde”, a-t-il souligné.

Evoquant la relation sino-portugaise, le président Hu a déclaré : “L’amitié qui lie nos deux peuples a une longue histoire. En 1999, Les deux pays ont réussi à réaliser la transition en douceur et le transfert des pouvoirs à Macao, donnant un bon exemple pour résoudre les problèmes légués par l’histoire entre les pays. En 2005, La Chine et le Portugal ont établi le partenariat global stratégique, les relations bilatérales entrant dans une nouvelle ère, la coopération et les échanges bilatéraux dans tous les domaines se sont révélés fructueux. Nous sommes disposés, de concert avec le Portugal, à renforcer la confiance politique et les échanges bilatéraux, à élargir la coopération pragmatique, à promouvoir le développement de l’un et de l’autre, et à relever conjointement les défis globaux. Nous sommes confiants dans l’avenir de la relation sino-portugaise”.

Parlant de l’état actuel de la relation sino-européenne ainsi que de sa perspective, M. Hu a déclaré : “La relation sino-européenne a résisté à l’épreuve du temps et des aléas internationaux depuis l’établissement des rapports officiels entre la Chine et l’UE il y a 35 ans. Aujourd’hui, les échanges de haut niveau entre les deux parties sont étroits et leur coopération est fructueuse. L’UE est, depuis six ans, le premier partenaire commercial de la Chine, et la Chine est désormais le deuxième client de l’UE, avec un volume commercial bilatéral de 350 milliards de dollars américains pour les trois premiers trimestres de cette année grâce à une croissance de 34,4% en glissement annuel. Sur le plan culturel et humain, les échanges sont d’une grande diversité, grâce surtout à l’Exposition universelle de Shanghai qui a offert une nouvelle plate-forme importante pour l’approfondissement des échanges sino-européens”.

“La Chine attache une haute importance au développement de ses relations avec l’UE. Elle respecte et soutient l’intégration européenne, et souhaite que l’UE voie d’un regard positif son développement, respecte et soutienne sa voie de développement, une voie adaptée à ses réalités nationales”, a indiqué le président chinois, en ajoutant : “La Chine et l’UE se doivent de respecter et de prendre en considération les intérêts vitaux et préoccupations majeures l’une de l’autre. Leur relation au 21e siècle doit être une relation basée sur le respect mutuel, la confiance réciproque commun et une relation qui contribue à la construction d’un ordre politique et économique international plus juste et plus équitable, à l’avènement d’un monde harmonieux et au progrès de la civilisation humaine. Nous sommes prêts à travailler ensemble avec l’UE pour enrichir sans cesse le partenariat global stratégique Chine-UE et porter la relation bilatérale à des niveaux toujours plus élevés”.

Répondant à une question concernant le prochain Sommet du G20 prévu à Séoul, en Corée du Sud, M. Hu a indiqué : “Le Sommet du G20, mécanisme efficace pour la communauté internationale de lutter ensemble contre la crise financière internationale, a joué un rôle important pour faire progresser la coopération économique internationale et promouvoir la reprise de l’économie mondiale. Maintenant, cette reprise reste lente, fragile et inégale, avec beaucoup d’incertitudes. Pour sortir de l’ombre de la crise et promouvoir une croissance forte de l’économie mondiale, on a encore à affronter de sérieux défis. Le prochain Sommet à Séoul devra donc mettre l’accent sur le maintien de la solidarité pour résoudre les problèmes de fond à l’origine de la crise financière et consolider la dynamique de la reprise de l’économie mondiale”.

A cette fin, a déclaré le président chinois, “Il peut agir notamment dans les quatre domaines suivants : 1) continuer à renforcer la coordination des politiques macroéconomiques dans l’esprit de solidarité et de gagnant-gagnant pour envoyer un message rassurant de la solidarité des membres du G20 face aux défis majeurs de l’économie mondiale, accroître la confiance du marché et raffermir la reprise dans le monde; 2) promouvoir la réforme du système financier international, renforcer la régulation du marché et accroître la représentation et le droit à la parole des pays émergents et des pays en développement au sein des institutions financières internationales; 3) travailler à régler le déséquilibre entre le Nord et le Sud de façon à donner un appui politique à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement; 4) lutter contre le protectionnisme pour favoriser une conclusion globale et équilibrée des négociations du cycle de Doha ainsi que la réalisation des objectifs du cycle de développement. La Chine entend travailler ensemble avec la France, le Portugal et tous les autres pays du monde, pour relever ensemble les divers défis qu’affronte la communauté internationale et contribuer à une croissance forte, durable et équilibrée de l’économie mondiale”.

Pour corriger le déséquilibre commercial, a recommandé le président chinois, “les parties concernées doivent transformer leur mode de développement, restructurer leurs économies et promouvoir un commerce juste et équitable en luttant contre toute forme de protectionnisme. La politique de change de la Chine est cohérente et responsable”. “Nous avons toujours travaillé à faire avancer sûrement la réforme du mécanisme de formation du taux de change du yuan RMB. De juillet 2005 à octobre 2010, le yuan s’est apprécié de 23,7%. Dans le futur, nous continuerons à perfectionner, selon le principe d’autonomie, de contrôlabilité et de progressivité, notre système de change flottant et régulé, à mieux faire jouer la loi de l’offre et de la demande et à accroître la flexibilité du yuan, de sorte à maintenir une relative stabilité de notre monnaie à un niveau raisonnable et équilibré. Un développement régulier et relativement rapide de l’économie chinoise revêt une grande importance pour la reprise de l’économie mondiale et son développement à long terme”, a-t-il souligné.

Parlant de la voie de développement de la Chine ainsi que de son devenir, M. Hu a déclaré : “La nation chinoise a plus de 5 000 ans d’histoire et a créé une culture brillante. Mais le chemin qu’elle a parcouru durant l’époque moderne était difficile et sinueux. Depuis l’avènement de la Chine nouvelle il y a 61 ans, surtout au cours des 32 années qui ont suivi le lancement de la politique de réforme et d’ouverture sur l’extérieur, le peuple chinois multiethnique a mené dans l’unité une lutte ardue et réalisé de grands exploits reconnus de tous et marqués notamment par une nette amélioration de ses conditions de vie. Ces résultats n’ont été possibles que grâce à la persévérance de la nation chinoise, à la politique de réforme et d’ouverture, et surtout grâce au choix d’une voie de développement qui correspond à la réalité nationale”.

“Le développement de la Chine, composante importante du processus de développement de la société humaine, représente une grande opportunité aussi bien pour la France, le Portugal, que pour toute l’Europe”, a déclaré le président chinois, en ajoutant :”Déterminée à avancer sur la voie de développement pacifique et à poursuivre sa stratégie d’ouverture de bénéfice mutuel et de gagnant-gagnant, la Chine continuera à développer une coopération amicale avec tous les pays du monde pour contribuer à l’avènement d’un monde harmonieux de paix durable et de prospérité commune. Ce choix stratégique fait par le gouvernement et le peuple chinois s’appuie sur la réalité chinoise, correspond au courant de notre époque et témoigne de la cohérence des politiques intérieure et extérieure de Chine. Nous respectons le droit de chaque peuple de choisir librement sa voie de développement et refusons de nous ingérer dans les affaires intérieures des autres pays ou de leur imposer notre volonté. Nous oeuvrons au règlement pacifique des conflits internationaux, poursuivons une politique de défense nationale purement défensive et ne prétendons jamais à l’hégémonie ni à l’expansion”.

Evoquant la construction de l’ordre international au 21e siècle, le président Hu a indiqué : “Nous entrons bientôt dans la deuxième décennie du 21e siècle, et plus que jamais, les peuples du monde partagent un même destin. Les différents pays doivent travailler, avec une large ouverture d’esprit et une haute vision stratégique, à l’instauration d’un nouveau type de relations interétatiques, marqué par le respect et la confiance mutuels sur le plan politique ainsi que le bénéfice réciproque et la complémentarité sur le plan économique, de sorte à promouvoir la multipolarisation du monde et la démocratisation des relations internationales”.

“Nous sommes d’avis que chaque pays doit faire sien le concept de gagnant-gagant, combiner les intérêts de son peuple avec ceux des autres, s’inspirer des expériences réussies d’autres pays et développer la coopération avec une attitude plus ouverte”, a indiqué M. Hu, en continuant : “Nous estimons que les pays du monde doivent coexister en harmonie, s’en tenir au nouveau concept de sécurité, caractérisé par la confiance mutuelle, l’avantage réciproque, l’égalité et la coopération, et régler leurs différends aux moyens pacifiques, afin de préserver la paix et la stabilité dans le monde. La communauté internationale, les pays développés en particulier, doivent accroître au plus tôt les Objectifs du Millénaire pour le Développement. Il importe d’intensifier le dialogue et la coopération entre les pays en développpement et les pays développés, de renforcer la représentation des pays en développement dans les mécanismes de gouvernance mondiale et d’instaurer un nouveau partenariat planétaire de développement”.

“Je suis sûr qu’avec les efforts communs de toute la communauté internationale, le 21e siècle deviendra un siècle de paix, de développement et de coopération”, a souligné M. Hu.

En ce qui concerne la coopération entre la Chine et les pays lusophones, le président chinois a déclaré : “Depuis sa création, le Forum de coopération économique et commerciale entre la Chine et les pays lusophones est devenu un pont important reliant la Chine et les pays lusophones ainsi qu’une plate-forme importante pour promouvoir le développement commun des pays concernés”.

En 2003, date de l’établissement du Forum de coopération économique et commerciale entre la Chine et les pays lusophones, les échanges commerciaux entre la Chine et les pays lusophones ont totalisé 11 milliards de dollars américains, tandis qu’en 2008, ce chiffre s’est élevé jusqu’à 77 milliards de dollars américains. Cette année entre janvier et août, le volume commercial entre les deux parties a atteint 58,58 milliards de dollars américains, soit une hausse de 61% en glissement annuel, a-t-il noté.

“Je suis convaincu que ce mécanisme de coopération gouvernemental multilatéral portera à des niveaux plus élevés la coopération économique et commerciale entre la Chine et les pays lusophones”, a-t-il indiqué.