Déclaration conjointe franco-chinoise sur le renforcement du partenariat global stratégique

Ajouté au 17/11/2010 par SHI Lei

A l’invitation du Président de la République française, M. Nicolas Sarkozy, le Président de la République populaire de Chine, M. Hu Jintao, effectue du 4 au 6 novembre 2010 une visite d’Etat en France. Les deux Chefs d’Etat ont procédé à des échanges approfondis sur les relations bilatérales et les questions internationales, sur lesquelles ils partagent une large communauté de vues.

Depuis l’établissement des relations diplomatiques entre la France et la Chine il y a 46 ans, ces relations ont enregistré des progrès considérables et revêtent aujourd’hui un caractère stratégique, global et pionnier. Treize ans après l’établissement de leur partenariat global, la France et la Chine ont décidé de donner une nouvelle impulsion à leur relation, pour bâtir un partenariat global stratégique de type nouveau, mature, stable, basé sur la confiance mutuelle et les bénéfices réciproques, et tourné vers le monde.

Les deux parties estiment que dans le monde d’aujourd’hui, multipolaire et mondialisé, le système de gouvernance mondiale doit être réformé profondément. A cet égard, le développement rapide des pays émergents favorise l’évolution des relations internationales dans un sens plus juste et plus équilibré.

Toutes deux membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations unies, la France et la Chine, deux des plus grandes économies du monde, ont une responsabilité particulière. Leur relation doit continuer à avoir valeur d’exemple. Les deux pays devront apporter une contribution importante à la paix, à la stabilité et au développement du monde, respecter les buts et principes de la Charte des Nations Unies, et promouvoir le multilatéralisme, dans le respect du choix indépendant et souverain de la voie de développement de chaque pays. Un nouveau type de relations entre les grands partenaires, tourné vers l’avenir, doit émerger sur la base des principes de coopération d’égal à égal, de tolérance et de bénéfices mutuels.

Les deux parties devront également approfondir leur coordination et coopération dans les affaires internationales, combattre ensemble les grandes menaces globales, en particulier en matière de prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs, travailler à résoudre les crises régionales, en particulier s’agissant de l’Afghanistan, du dossier nucléaire iranien et de la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

Les deux parties considèrent que le G20 doit refonder la croissance mondiale et le système financier international sur des bases plus saines et plus solides, et qu’il doit être le forum principal de la coopération économique internationale. La partie chinoise soutient activement la prochaine présidence française du G20. Les deux parties soulignent l’intérêt pour l’ensemble des pays du monde d’adopter des politiques macroéconomiques coordonnées, stables et cohérentes dans le temps, de faire progresser la réforme du système monétaire et financier international et de lutter contre la volatilité excessive des prix des matières premières. La France et la Chine souhaitent aussi améliorer significativement les mécanismes de la gouvernance économique mondiale. Elles soutiennent la réforme des institutions financières internationales, dont le FMI, pour les adapter au monde d’aujourd’hui.

Les deux parties sont déterminées à lutter contre toutes les formes de protectionnisme et souhaitent une conclusion rapide du cycle de Doha avec des résultats ambitieux, globaux et équilibrés, sur la base de la préservation du mandat actuel et des progrès accomplis.

Les deux parties partagent le souhait de voir la conférence des Nations Unies sur le changement climatique qui se tiendra à Cancun au Mexique déboucher sur un accord à la hauteur des défis, dans le respect de la convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique et de son protocole de Kyoto ainsi que du mandat de la feuille de route de Bali. Les deux pays se sont engagés dans une coopération particulièrement étroite dans le domaine de la protection de l’environnement, du développement durable et de la lutte contre le changement climatique. Ils entendent approfondir leur partenariat dans ce domaine et renforcer leur dialogue et leurs consultations ainsi que leur coopération pragmatique en la matière.

La France et la Chine sont convenues de renforcer leur coopération sur les questions de développement et réaffirment leur soutien aux efforts pour réaliser les objectifs du millénaire pour le développement.

Les deux parties estiment que la coopération économique en Afrique contribuera au développement de l’économie africaine et soutiennent la coopération entre leurs entreprises en Afrique.

En s’appuyant sur la nouvelle dynamique que confèrent à l’Union européenne ses institutions rénovées, la relation euro-chinoise est appelée à franchir une nouvelle étape. La Chine accorde une grande importance à sa relation avec l’Union européenne, tant dans le domaine politique que dans les domaines économique et culturel et entend oeuvrer au renforcement du partenariat global stratégique euro-chinois. La France continuera à jouer un rôle moteur pour promouvoir le développement de cette relation. Les deux parties estiment que l’Union européenne doit lever l’embargo sur les ventes d’armes à la Chine et reconnaître, dès que possible, son statut d’économie de marché à part entière.

Les deux parties poursuivront leurs échanges étroits à haut niveau. Elles approfondiront leur dialogue stratégique pour promouvoir la compréhension réciproque et la confiance stratégique mutuelle, et renforcer la coopération bilatérale.

Elles réaffirment leur grand attachement à la relation franco-chinoise. Elles s’appuieront sur une approche stratégique et de long terme, le respect mutuel et la prise en considération de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et des intérêts fondamentaux des deux pays pour faire progresser encore davantage le partenariat global stratégique entre la France et la Chine.

La France et la Chine apprécient les progrès obtenus dans le dialogue UE-Chine sur les droits de l’Homme et entendent renforcer leur dialogue et leurs échanges en la matière sur la base de l’égalité et du respect mutuel.

Les relations bilatérales entre la France et la Chine ont connu un développement exceptionnel, qu’il s’agisse de commerce, d’investissements croisés, d’échanges humains, culturels et scientifiques. Parmi les premières, la France a voulu soutenir la modernisation de la Chine par la mise en oeuvre de coopérations concrètes.

Les deux parties soulignent leur volonté de construire des relations économiques et commerciales plus étroites, durables et innovantes, dans le respect du principe de bénéfice réciproque et de développement commun.

Les partenariats industriels structurants dans les domaines nucléaire, aéronautique et spatial, et ferroviaire, fondés sur ces principes, constituent une partie importante de la coopération bilatérale. En s’appuyant sur trois décennies de partenariat réussi, la France et la Chine ont décidé d’approfondir davantage la coopération nucléaire, d’étendre les champs de coopération et de développer ensemble de nouveaux projets, y compris sur des marchés tiers, tout en poursuivant les projets de coopération en cours d’exécution. La France et la Chine encouragent leurs entreprises concernées à engager des consultations pragmatiques et approfondies afin de faire avancer la coopération dans l’ensemble du cycle du combustible nucléaire. La France réaffirme sa volonté d’approfondir la coopération avec la Chine dans les domaines de l’extraction de l’uranium, de la fabrication du combustible, de la construction des centrales nucléaires, aussi bien sur les marchés nationaux que sur des marchés tiers, et du retraitement / recyclage du combustible usé. La Chine partage la volonté française.

Les deux parties sont convenues d’approfondir leur coopération aéronautique industrielle longue et fructueuse, avec le développement de la coopération entre Airbus et d’autres entreprises françaises et les compagnies aériennes et industrielles chinoises, avec la mise en service de la chaîne d’assemblage A320 à Tianjin, avec la participation des industriels français au programme aéronautique chinois C919 ainsi qu’avec la recherche conjointe sur un hélicoptère multimissions à usage civil (EC175/Z15).

La France et la Chine réaffirment également leur intérêt commun à donner une nouvelle impulsion à leur coopération historique dans le domaine des transports ferroviaires.

Au-delà de ces partenariats traditionnels, la France et la Chine ont identifié de nouveaux partenariats innovants, notamment dans les secteurs prioritaires de l’environnement et du développement durable, de l’agriculture et de l’agro-alimentaire ainsi que des services financiers, et souhaitent renforcer la coopération entre leurs entreprises dans ces secteurs. Les deux parties renforceront également leur coopération dans les secteurs émergents, notamment dans les domaines des nouvelles énergies, des bio-industries, des nouveaux matériaux, des véhicules électriques, de l’économie circulaire et des technologies décarbonées.

Les deux parties reconnaissent que ces nouveaux partenariats d’affaires ne pourront se réaliser pleinement que dans le cadre d’économies ouvertes et partagent donc la même priorité de lutte contre le protectionnisme commercial. Elles travailleront à renforcer la protection de la propriété intellectuelle. Elles favoriseront un meilleur équilibre des relations commerciales bilatérales. La partie française salue les efforts déployés par la Chine en vue d’adhérer à l’Accord sur les marchés publics de l’OMC. Les deux parties signeront dans les meilleurs délais possibles un nouvel accord sur la prévention de la double imposition et soutiendront la coopération entre les PME et les projets qui facilitent leur financement. Elles continueront par ailleurs à encourager les investissements bilatéraux, déjà en pleine croissance, en leur offrant un environnement favorable et équitable.

Les deux parties souhaitent une conclusion rapide des négociations entre la Chine et l’Union européenne sur les questions de migrations et de mobilité, y compris la facilitation des échanges de personnes, et réitèrent leur détermination à coopérer dans la lutte contre l’immigration illégale.

Pour promouvoir l’approfondissement de la connaissance mutuelle entre leurs peuples, les deux parties décident de renforcer davantage leur coopération dans les domaines culturel, éducatif, scientifique et technologique et encouragent leurs collectivités locales à coopérer davantage. Elles soutiennent l’établissement de relations de coopération durables et stables entre leurs institutions culturelles et encouragent ces dernières ainsi que les individus à participer à des festivals ou d’autres manifestations culturelles organisés dans l’autre pays. Elles sont également convenues, dans le prolongement de l’accord de coproduction cinématographique signé plus tôt dans l’année, de favoriser encore les échanges et la coopération en matière de radiodiffusion, de télévision et de cinéma.

Elles entendent promouvoir activement la création et le développement de partenariats entre leurs établissements scolaires, élargir les échanges de jeunes scolaires et soutenir la diffusion de la langue française en Chine et celle de la langue chinoise en France.

Les deux parties continueront à mettre en oeuvre pleinement les projets de recherche scientifique et technologique conjointe, à appuyer énergiquement la création conjointe d’établissements de recherche et à renforcer la coopération en matière de recherche et d’innovation en associant les entreprises, les universités et les établissements de recherche.