Le vieillissement de la population, un casse-tête pour les familles

Ajouté au 18/10/2010 par SHI Lei

La structure familiale en 4-2-1 est un grave défi à la fourniture de soins aux plus âgés. Après une nouvelle période de vacances nationales passées à étouffer dans des trains bondés pour aller rendre visite à des proches, Li Wenbo et sa femme Jia Xuan ont pu se payer le luxe de pouvoir laisser cette semaine leur petite fille de deux ans à la garde des parents de Li Wenbo.

Comme pour de nombreux couples d’aujourd’hui, pouvoir obtenir un peu de répit face à la pression d’être parents est sans doute ce qu’il y a de mieux dans cette fameuse « famille 4-2-1 ».

Cette dynamique en forme de pyramide renversée – quatre grands-parents, deux parents et un enfant – est rapidement en train de devenir la nouvelle norme dans les villes de Chine, et c’est en grande partie le résultat de trente années de politique de l’enfant unique, laquelle a eu pour conséquence que la plupart des couples de Chine n’ont qu’un seul enfant.

Cependant, bien que la première génération née après la mise en oeuvre de cette politique en engrange les bénéfices (comprenez : six personnes pour s’occuper d’un enfant), les sociologues avertissent que d’ici dix ou quinze ans, prendre soin des plus âgés pourrait devenir un fardeau beaucoup trop lourd pour les plus petites familles.

« Même si les personnes âgées de ces familles 4-2-1 sont encore en bonne santé maintenant et qu’elles peuvent contribuer aux tâches ménagères et s’occuper des enfants, le problème, dans un futur prévisible, sera le manque de main d’oeuvre pour s’occuper d’eux », a dit Yuan Xin, professeur à l’Institut de Recherche sur la Population et le Développement à l’Université Nankai.

Traditionnellement, les Chinois s’occupent de leurs parents quand ils vieillissent. Cependant, le fait que les familles rétrécissent et que gens vivent plus longtemps veut dire que les générations plus jeunes et les services de soins aux personnes âgées en Chine vont faire face à une immense pression dans les années qui viennent.

La Chine comptait 100 millions de familles à enfant unique en 2000, d’après des recherches faites par Yuan Xin. Il estime aussi que d’ici la fin de cette année, pas moins de 18 millions de couples mariés seront composés de deux personnes venant de familles à enfant unique.

Les résultats d’une étude de 2005 soutenue par le gouvernement et portant sur 1% de la population a également montré que la taille moyenne des familles était tombée à 3,13 personnes (2,97 en zone urbaine) contre 4,41 en 1982.

Et déjà, certaines familles 4-2-1 connaissent déjà le problème des soins de santé aux personnes plus âgées.

Ainsi de Li Jinya, dont le père a été gravement blessé dans un accident de la circulation l’année dernière. Pour elle, a-t-elle dit, cela a été un choc de se rendre compte combien la structure familiale était devenue fragile.

« Encore heureux que ma mère m’aide à prendre soin de mon fils », a dit cette jeune femme âgée de 24 ans, qui jongle entre le magasin familial d’épicerie situé dans le District de Chaoyang et les soins pour son père hospitalisé.

« Parfois, j’ai peur que si jamais mes parents mouraient, je serais abandonnée à moi-même, seule dans ce monde », a-t-elle dit, fixant de ses yeux rougis la tasse de café à moitié vide qu’elle tenait dans sa main. Son mari, Wang Xiaobo, âgé de 25 ans, est en ce moment à Hefei, capitale de la province de l’Anhui, où il poursuit des études supérieures, et il ne peut revenir que pour de courtes périodes.

« Il s’est endormi à l’hôpital alors qu’il s’occupait de mon père, se plaint Li Jinya. Je sais qu’il est fatigué, mais moi aussi je le suis, et il s’agit là de la vie de mon père ».

Ce sentiment d’insécurité a provoqué de la tension et de nombreuses disputes à la maison, a-t-elle dit. « Ces derniers temps, je n’arrive pas à dormir. Je pense que je devrais aller voir un thérapeute, mais j’ai trop peur ».

Un changement d’attitude

Bien que, selon la politique de l’enfant unique actuellement en vigueur en Chine, deux personnes mariées venant de familles à enfant unique peuvent légalement avoir un second enfant, les enquêtes montrent que de toute façon l’enthousiasme des citadins pour des familles plus larges se refroidit.

Il y a de nombreuses raisons à cela. Quoi qu’il en soit, l’effet le plus important est un niveau croissant d’insécurité par rapport au futur.

« Quand les gens voient que les valeurs familiales traditionnelles sont affaiblies, ils commencent à s’inquiéter », a expliqué Sun Yiqun, directeur de recherche au Ministère des Ressources Humaines et de la Sécurité Sociale.

« Cela est aggravé par les inquiétudes nées parmi les plus âgés et les personnes d’âge mûr que le réseau de soutien social est insuffisant ».

Bupa, une organisation de soins de santé britannique, a récemment interrogé 12 262 personnes dans douze pays sur leur attitude face au vieillissment, et s’est rendu compte que près d’un tiers des Chinois qui avaient répondu reconnaissaient se sentir déprimés quand ils pensent qu’ils vont devenir vieux.

D’après Jing Jun, professeur de sociologie à l’Université Tsinghua, le taux annuel de suicide chez les personnes âgées de 70 à 74 ans a très fortement augmenté, passant à 33 pour 100 000 personnes entre 2002 et 2008, contre une moyenne de 13 dans les années 1990.

Le nombre est même plus élevé encore dans les zones rurales, où la pression économique et la migration des agriculteurs vers les villes ont affaibli le statut social des personnes âgées. Une étude de 2008 menée dans des villages de la province du Hubei par l’Université des Sciences et Technologies de Huazhong a découvert que le suicide était même devenu une sorte de « culture » dans certains villages, où des personnes âgées choisissent souvent de mettre fin à leurs jours après des disputes de famille ou quand ils sentent qu’ils ne peuvent plus travailler.

« La nouvelle structure familiale, ce n’est pas seulement un problème de changements de styles de vie entre les jeunes et les anciens », a dit le professeur Yuan. « Une famille plus petite, ça veut aussi dire des relations plus simples, ce qui rend la société plus détachée dans son ensemble ».

En plus de compter la plus grande population du monde, avec 1,3 milliards de personnes, la Chine est aussi un pays qui connaît un des taux de vieillissement les plus élevés.

D’après le Comité National Chinois sur le Vieillissement, il y avait en 2009 167 millions de personnes âgées de 60 ans ou plus, soit près de 13% de la population. Avec un sentiment d’insécurité en hausse, les experts disent que les familles doivent se préparer pour l’avenir, tandis qu’il devient urgent pour le gouvernement de créer un meilleur système de sécurité sociale.

« Nous avons quelques bons exemples de maisons de retraite privées, mais le nombre de places (offertes aux personnes âgées) est loin de satisfaire la demande », a dit Zhong Changzheng, porte-parole du Comité National Chinois sur le Vieillissement.

Les décideurs politiques encouragent la mise en place de services diversifiés en faveur des personnes âgées, a-t-il dit, ainsi qu’ils prônent un changement d’attitude face au placement des proches dans des maisons de retraite, qui est encore considéré à l’heure actuelle comme un « acte incorrect ».

Les autorités encouragent aussi la création de services et d’installations de soin au niveau des communautés afin que les personnes âgées puissent recevoir de l’aide à domicile. Des hotlines lancées à Beijing proposent aussi des conseils de professionnels sur les options de soins possibles.

La capitale compte à elle seule 2,6 millions de personnes âgées de plus de 60 ans, ce qui rend les places en maisons de retraite et les appartements de soins assistés particulièrement prisés. Cela a eu pour résultat que de nombreux promoteurs immobiliers ont commencé des projets résidentiels visant à satisfaire les besoins des familles 4-2-1.

A Shanghai, où plus de 20% de la population est classée comme « âgée », les employés peuvent à présent retarder leur départ à la retraite de cinq ans et continuer à travailler après l’âge légal obligatoire de départ (60 ans pour les hommes et 50 ou 55 ans pour les femmes en fonction de leur statut).

Cette initiative, qui a été prise par le Bureau des Ressources Humaines de la ville le 1er octobre dernier, vise à faire face au problème financier que connait le fonds de sécurité sociale. Cependant, les critiques font valoir que cela aura aussi pour conséquence de réduire les opportunités d’emploi dans un marché de l’emploi déjà difficile.

Un investissement de famille

Pour ceux qui en ont les moyens, investir dans la pierre reste un des choix favoris des familles souhaitant préparer leur avenir.

« Devenir propriétaire est ma propre façon de me préparer aux jours tristes de la vieillesse », dit ainsi Li Xue, âgé de 32 ans, qui a un fils de 5 ans et loue trois appartements qu’il possède à Beijing.

Jia Xuan, quant à elle, dit que ses parents ont aussi vendu leur appartement de trois chambres situé dans le District de Hedong à Tianjin pour acheter une maison plus grande à l’intention de toute la famille dans la banlieue Est de la ville.

Cet achat aura pour conséquence un temps de trajet plus long pour son couple, mais cela permettra aussi à leur fille de passer plus de temps avec ses grands-parents.

« La communauté dispose de meilleurs services de soins pour les enfants, et nous aurons aussi plus de place pour la famille, dit Jia Xuan », âgée de 28 ans.

Elle dit se sentir un peu coupable de recourir à l’aide de ses parents s’occuper de son enfant, mais comme le montant des prêts représente près de la moitié des revenus du couple, ils n’ont pas les moyens de recourir à une nourrice.

« Après notre mariage, mes parents ont insisté pour que j’aie un enfant plus tôt, afin qu’ils aient encore l’énergie nécessaire pour s’occuper du bébé », dit-elle, cela bien que certains experts avertissent qu’un fort investissement des grands-parents peut amener des conflits du fait de points de vue différents sur l’éducation.

Jia Xuan et son mari Li Wenbo, âgé de 31 ans, connaissent le défi auquel ils font face pour s’occuper de leurs parents dans le futur, mais pour l’heure, ils sont plus préoccupés de trouver le jardin d’enfant idoine.

« Maintenant, ça va parce que nos parents sont encore en bonne santé et peuvent prendre soin d’eux-mêmes », dit-elle. « Mais nous devons voir plus loin ».