Interview sur la coopération sino-européenne dans les secteurs émergents

Ajouté au 12/10/2010 par SHI Lei

Approuvée le 8 septembre par le conseil des affaires d’Etat lors d’une réunion ordinaire présidée par le premier ministre Wen Jiabao, la Directive sur l’accélération et la promotion du développement des secteurs stratégiques émergents a fixé les sept secteurs piliers à développer en priorité.

L’édition française de China.org.cn a interviewé à ce sujet Mme Li Huiying, directrice du département européen de l’Institut de coopération économique et commerciale internationale du ministère chinois du Commerce, sur les perspectives de coopération sino-européenne en matière de secteurs émergents.

Mme Li Huiying: La croissance fortement polluante et gourmande en ressources énergétiques a coûté très chère à l’économie chinoise. L’émission de CO2 en Chine est aujourd’hui plus importante qu’aux Etats-Unis, et il en va de même pour les autres gaz à effet de serre, tels que le dioxyde de soufre. La pluie acide pourrait s’étendre aux autres pays voisins. La Chine est pour cette raison sous le coup de critiques de plus en plus sévères de la part de la communauté internationale.

Selon les statistiques, la houille représente plus de 70 % des réserves énergétiques de la Chine, mais l’efficacité du pays en termes d’extraction et d’exploitation de cette ressource n’atteint que la moitié du niveau moyen mondial.

De plus, la consommation d’énergie par unité de PIB demeure haute, de sorte que pour réaliser un PIB qui représente 8,4 % du monde, la Chine doit consommer 31 % des réserves globales en houilles et 7,5 % en pétrole. Une consommation plusieurs fois supérieure à celles des pays avancés tels que les Etats-Unis et le Japon. Il est donc absolument nécessaire et possible, pour la Chine, de réduire sa consommation énergétique dans l’exploitation économique.

Par ailleurs, la pollution environnementale de l’air et de l’eau est une grave menace pour la santé puisqu’elle est à l’origine de nombreuses maladies insidieuses et mortelles.

La réduction des émissions de CO2 et l’emploi d’énergies vertes sont au cœur de la stratégie énergétique chinoise, qui prône également un développement gagnant-gagnant entre l’économie verte et l’environnement. La réduction des émissions de CO2 sous-entend également celle de tous les gaz à effet de serre, et la protection de l’environnement tient plutôt à réduire l’émission des gaz polluants. Il s’agit de deux concepts différents, mais qui donnent des orientations similaires en Chine.

À partir de la situation concrète de l’économie chinoise, la protection de l’environnement et l’économie en énergie, les nouvelles technologies informatiques, la biochimie, la fabrication des équipements haut de gamme, les nouvelles énergies, les nouveaux matériaux, ainsi que la fabrication de véhicules à nouvelle énergie sont les sept secteurs émergents à développer en priorité, d’autant plus qu’ils sont également stratégiques pour rattraper les progrès réalisés dans les pays développés.

En fait, les technologies informatiques, biochimiques, les nouveaux matériaux, les nouvelles énergies, ainsi que les technologies spatiales, océaniques et environnementales, sont les domaines prioritaires dans le monde entier.

Pour sa part, la Chine s’efforce de changer son mode de croissance caractérisé par une haute consommation énergétique et une forte pollution en contrepartie d’une faible valeur ajoutée, et de réaliser une croissance stable et constante en développant les technologies avancées pour rattraper le niveau des pays avancés.

China.org.cn : Quelle est la situation des secteurs émergents ? Les expériences européennes sont-elles applicables en Chine ?

Li Huiying : Les dirigeants européens ont rédigé le 17 juin 2010 à Bruxelles le plan du développement économique pour la prochaine décennie, soit la stratégie Europe 2020, qui repose sur le développement en priorité de l’économie des savoirs et de l’économie verte par les technologies informatiques et écologiques. Ce plan a pour but de créer plus de postes de travail, de réduire la pauvreté et de renforcer la compétitivité dans le monde.

Le plan Europe 2020 a pris l’initiative de promouvoir une croissance intelligente, durable et inclusive qui se basent sur les savoirs et innovations, sur l’amélioration de l’efficacité énergétique en donnant la priorité à la conception verte dans le renforcement de la compétitivité, ainsi que sur la création de postes de travail et l’intégration sociale.

Par comparaison transversale, on note que les produits européens caractérisés par une haute qualité et un prix de vente élevé présentent habituellement des avantages dans les secteurs de la fabrication et du service. La demande pour ces produits, qu’il s’agisse d’articles de consommation de luxe, de produits semi-finis, d’équipements mécaniques ou de transport, occupe le troisième rang des demandes globales et représente la moitié des exportations européennes.

Outre les secteurs de la pétrochimie, du plastique, de l’industrie pharmaceutique, de l’automobile, de la papeterie, et des mécanismes non-électriques, le service commercial européen est également leader mondial avec une part de marché beaucoup plus haute que celles des États-Unis et du Japon. Hormis le transport, la part de l’UE est en progression dans tout le secteur tertiaire.

Quant aux sept secteurs à développer en priorité en Chine, les entreprises européennes sont fortes en matière d’économie d’énergie, de protection de l’environnement, de biochimie, de fabrication d’équipements haut de gamme, de nouvelles énergies et de véhicules à nouvelles énergies. On peut déjà envisager des coopérations avec les entreprises européennes notamment dans les domaines de l’économie d’énergie, de la protection de l’environnement, de l’éolien, de la désulfurisation du charbon, car ces technologies européennes possèdent un niveau mondial avancé.

China.org.cn :

La directive indique qu’il convient d’orienter l’investissement étranger et d’encourager la coopération internationale dans les secteurs émergents. Comment se traduit aujourd’hui la coopération sino-européenne dans ces domaines, et quelles en seraient les perspectives après l’application de la directive ?
Li Huiying : Au niveau de la coopération énergétique, les parties chinoises et européennes ont signé en 2009 une série d’accords, notamment l’Accord financier du Centre sino-européen de l’énergie propre et la Déclaration du Centre sino-européen de l’énergie propre, destinés à s’adapter aux coopérations technologiques dans le cadre du projet ITER (prototype de réacteur nucléaire à fusion en construction dans le sud de la France), dans l’hydrogène, dans la pile à combustible, dans les biocarburants, dans l’éolien, dans le charbon propre et dans l’énergie renouvelable

En ce qui concerne le changement climatique, les scientifiques chinois sont présents, dans le cadre du Programme sino-européen de partenariat scientifique et technologique, dans plus de 300 projets européens en énergie, en biotechnologie, en agriculture, en médecine de santé, en ressources naturelles et en environnement.

En matière de protection de l’environnement, la Chine et l’UE maintiennent un dialogue ministériel et coopèrent sur des projets concrets, des études et recherches communes, des échanges, des visites réciproques, et la création des plateformes de coopération. Les deux parties travaillent ainsi en commun dans les domaines de la production et de la consommation durables, de la protection de la biodiversité, de l’aménagement des bassins, du traitement de la pollution atmosphérique, du changement climatique et des interventions d’urgence en cas d’accidents de pollution environnementale.

Lors du 5e Sommet de l’industrie et du commerce organisé le 30 novembre 2009 à Nanjing, capitale du Jiangsu, le premier ministre Wen Jiabao a proposé d’approfondir la coopération dans l’économie d’énergie et la protection de l’environnement. Il souhaite que les entreprises européennes et chinoises puissent déployer de larges coopérations et échanges technologiques pour relever les défis et saisir les opportunités de développement dans la lutte contre le changement climatique.

Le premier ministre Wen Jiabao a également proposé d’ouvrir plus largement les marchés pour lutter contre le protectionnisme dans le commerce international. Il souhaite que la Chine et l’Europe s’écoutent mutuellement afin de promouvoir ensemble le commerce et l’investissement libres, et s’abstiennent d’ériger des barrières protectionnistes.

Il espère également que la partie européenne lève les contraintes sur l’exportation des nouvelles technologies et des technologies de pointe vers la Chine, et élargisse la coopération sur la protection de la propriété intellectuelle.

Le premier ministre Wen Jiabao a aussi proposé d’élargir la coopération entre les PME, de renforcer le soutien financier, et de simplifier les procédures administratives sur l’investissement, l’exposition et le commerce.

Ces propositions répondent non seulement aux besoins de la partie chinoise, mais aussi de la partie européenne, et ont jeté une nouvelle base pour les prochaines coopérations bilatérales.

China.org.cn : Les pays européens apportent une grande importance à la protection des droits intellectuels. Comment la Chine envisage-t-elle de renforcer la protection de ces droits dans les secteurs émergents ?

Li Huiying : Les législations sont différentes entre les pays de l’UE, mais des règles communes existent, telles que la directive européenne 1383/2003 relative à la protection de la propriété intellectuelle dans les affaires internationales, qui suggère de renforcer le contrôle anti-contrefaçon en simplifiant la procédure douanière et en bloquant les transactions internationales de produits contrefaits.

Au cours de ces dernières années, les disputes entre la Chine et l’UE sur la propriété intellectuelle ont surtout concerné les produits de grandes marques ou les produits de luxe. Un rapport de la Commission européenne sur la protection de la propriété intellectuelle à l’étranger a classé la Chine au premier rang des pays tolérant la contrefaçon, et n’a pas exclu la possibilité de recourir à l’OMC pour arbitrer ce problème.

En avril 2007, le Conseil européen a adopté une directive visant à harmoniser les sanctions encourues pour violation de la propriété intellectuelle en Europe. Selon celle-ci, la contrefaçon d’œuvres musicales et cinématographiques, ainsi que de produits pharmaceutiques fait l’objet de poursuites pénales, et les contrevenants s’exposent à une amende de 300 millions d’euros et à 4 ans de prison.

Le 4 septembre 2010, en Belgique, l’Office européen des brevets et l’Office chinois de la propriété intellectuelle ont passé ensemble en revue les 25 ans de coopération sino-européenne en matière de protection de la propriété intellectuelle, et ont exprimé la volonté de renforcer leur partenariat. Celui-ci a en effet énormément contribué à la création et au développement du système chinois moderne de protection de la propriété intellectuelle, notamment en matière d’amendement de lois, d’introduction d’outils informatiques, de vulgarisation des systèmes de marques commerciales et de droits d’auteur, et de formation des spécialistes (contrôleurs de brevets, juges, avocats, etc.).

Actuellement, l’Office européen des brevets mène la deuxième phase du projet sino-européen de protection de la propriété intellectuelle, avec un budget général de plus de 160 millions d’euros, en vue de renforcer l’application des lois.

La protection de la propriété intellectuelle se situe toujours au centre de la coopération sino-européenne, et exerce en réalité une certaine influence sur la coopération entre les PME. Le renforcement de la protection de la propriété intellectuelle répondra non seulement à la préoccupation de l’UE, mais créera aussi un meilleur environnement commercial pour toutes les entreprises.

La Chine dispose bien entendu de lois, mais le problème reste leur application.