Le modèle de croissance chinois est en train de changer, selon un journal français

Ajouté au 10/09/2010 par SHI Lei

Le ralentissement de la croissance de l’économie américaine se confirme. Le département du commerce à Washington a révisé, vendredi 27 août, le produit intérieur brut (PIB) au deuxième trimestre à 1,6 % en rythme annuel contre 2,4 % en première estimation. Le redressement de l’économie américaine est “loin d’être achevé”, a estimé le président de la Réserve fédérale (Fed) Ben Bernanke lors d’un discours à Jackson Hole (Wyoming), ajoutant que la Fed était “prête” à prendre des mesures supplémentaires pour la soutenir.

Michel Aglietta, professeur d’économie à l’université Paris-Nanterre, analyse l’ampleur de la détérioration de l’économie américaine, les risques que ce ralentissement fait planer sur le reste du monde.

Washington vient d’annoncer une révision significative du PIB américain pour le deuxième trimestre. Que doit-on en penser ?

Cela signifie que le ralentissement de la croissance arrive plus vite que prévu. Le rebond de l’économie en début d’année n’a été que le résultat du restockage et du plan de relance budgétaire. Aux Etats-Unis, le marché de l’immobilier ne s’est pas redressé, les prix baissent, les saisies de maisons se poursuivent. Il faudra deux ou trois ans pour que les effets délétères des subprimes, ces emprunts hypothécaires dont les défauts s’échelonnent, s’estompent.

Faut-il craindre comme l’évoquent certains économistes un “double dip”, une nouvelle récession ?

On peut le craindre. Mais le scénario d’une croissance molle, inférieure à 2 %, est le plus probable. Autrement dit celui d’une reprise très faible qui maintiendrait le chômage autour de 10 %. Pour les Etats-Unis, où le modèle économique est celui du plein-emploi, cela soulève une interrogation : pourront-ils le supporter ? Les allocations chômages ne sont pas adaptées à un tel phénomène.

Et si l’on ignore sa probabilité, le risque d’un double dip n’est pas à écarter. La Fed a des marges de manœuvre étroites pour soutenir l’économie. Ses taux d’intérêt directeurs sont déjà à 0 %, le système financier reste fragile.

Le premier risque viendrait d’une croissance trop faible avec une consommation flageolante qui supposerait de relancer l’économie par le commerce extérieur. Et donc de faire baisser le dollar pour faciliter les exportations. Mais une chute brutale du billet vert pourrait provoquer une panique financière qui ferait plonger le pays dans la récession.

L’autre danger serait que le gouvernement mette en place un nouveau plan de relance. Or, son déficit est déjà autour de 10 % du PIB. Un nouveau stimulus budgétaire pourrait effrayer les détenteurs de dettes américaines qui sont en majeure partie des non-résidents. Ils pourraient alors exiger une rémunération plus élevée, ce qui ferait remonter les taux d’intérêt. Cela tuerait la croissance avec, en outre, un effet boule de neige sur la dette publique.

Quels risques le ralentissement américain fait-il planer sur l’Europe ?

Ce que l’on observe aux Etats-Unis se manifestera d’ici à six mois en Europe. Toutes choses égales par ailleurs, on peut s’attendre à une croissance au deuxième semestre en zone euro inférieure à 2 % et de l’ordre de 1,5 % en 2011. Il n’y a que les gouvernements qui pensent encore autre chose.

Surtout si le ralentissement est trop prononcé, on peut redouter une nouvelle crise de dettes souveraines. Les pays qui ont prévu des remèdes de cheval pour résorber leurs déficits ne pourront pas les tenir. Cela inquiétera le marché. Les dettes grecques et espagnoles pourraient alors être attaquées de nouveau.

La Chine et les pays émergents peuvent-ils “sauver” la croissance mondiale ?

La Chine comme le Brésil font partie de la solution. Le modèle de croissance chinois est en train de changer. Les salaires progressent, la consommation intérieure se développe. Mais la transition vers cette nouvelle forme de développement prendra du temps. D’ici là la Chine doit parvenir à éviter la surchauffe, les dérapages dans l’octroi de crédits et la bulle immobilière. Si, à moyen terme, la Chine comme le Brésil sont les vecteurs de la sortie de crise, il n’est pas impossible que ces pays traversent à court terme encore quelques trous d’air.