La Nouvelle Vague française et le Cinéma chinois

Ajouté au 23/08/2010 par SHI Lei

La naissance de la Nouvelle Vague française coincide avec la période d’une relative ouverture en Chine, avant le début de la Révolution culturelle. Ainsi au début des années 1960, certains films comme « Les 400 coups » de François Truffaut ou « Hiroshima mon amour » d’Alain Resnais ont été présentés aux professionnels chinois. Des articles sur la Nouvelle Vague ont aussi été traduits en chinois et publiés dans la revue Dianying Yishu – l’art cinématographique. Des cinéastes chinois de cette époque ont déjà réalisé certains films portant les marques de la Nouvelle Vague. A citer comme référence « Zhang Ga l’enfant soldat » (Xiao Bing Zhang Ga) réalisé par Cui Wei en 1963. Dans ce film le plan séquence est utilisé de façon systématique. « Un autre grand cinéaste chinois de cette 3è génération, Ling Zi Feng, avait un projet de film sans dialogue sur l’histoire de la Mongolie (??????) » révèle Xu Feng, professeur en histoire du cinéma à l’Institut d’art dramatique de Pékin. « Ce serait une révolution dans le langage du cinéma chinois. Mais il n’a pas encore pu réaliser son film que commençait la Révolution culturelle. C’est la Nouvelle Vague chinoise avortée. » rajoute ce critique chinois, qui est aussi un spécialiste de la Nouvelle Vague.

En 1981, la réalisatrice francophone Zhang Nuan Xin, inspirée par François Truffaut, a réalisé son premier long métrage « Sha Ou » – Mouette, racontant la vie d’une sportive. Le style du film est lyrique et pour la première fois dans l’histoire du cinéma chinois, une actrice est non professionnelle. Ce film est l’introduction de la notion du film d’auteur en Chine.

Mais seulement quand la 5è génération de cinéastes est apparue en 1982 qu’on parle naturellement de la Nouvelle Vague chinoise. « Il est indéniable que pour la forme, l’influence a commencé à l’époque de la Cinquième génération quand au début des années 80, les cinéastes chinois ont lu avec un intérêt extrême les essais de André Bazin, le père spirituel de la NV. » commente Luisa Prudentino, spécialiste du cinéma chinois. Bazin s’oppose à la conception des intrigues et insiste sur la manifestation de la réalité, convaincu que « La caractéristique esthétique de la photographie est qu’elle est capable de refléter la vérité ». De ce fait, il considère que le montage n’est pas essentiel et encourage les cinéastes à respecter la puissance originelle des images. « Ce principe alors y est pour beaucoup dans l’utilisation de la part de Chen Kaige ou Tian Zhuangzhuang du plan-séquence, surtout dans leurs premiers films respectifs, Terre jaune et Le voleur des chevaux. » analyse Luisa Prudentino.

L’influence dans le fond se fait bien sentir dans les films de la 6è génération, avec entre autres ceux réalisés par Lou Ye , Jia Zhangge et Wang Xiao Shuai. Ces derniers sont attirés par l’exploration pure et dure de la réalité. De ce point de vue, ils se sont rapprochés davantage à cette idée de humanisme que la Nouvelle Vague française avait introduit jadis. Comme les cinéastes français de l’époque, ils ont la même volonté d’innover le mode de narration et les méthodes, les thèmes et les matières de leurs films.

En Chine Continentale, Lou Ye est considéré comme le réalisateur le plus proche de la Nouvelle Vague. En dehors, le cinéaste Hongkongais Wong Kar-Wai semble être le plus influencé par cette tendance.