La Chine demande de l’aide étrangère pour lutter contre la corruption

Ajouté au 21/07/2010 par SHI Lei

A 55 ans, c’était un gros poisson, et un symbole de la corruption des fonctionnaires d’Etat contre laquelle les autorités chinoises tentent de se battre.

Principal accusé de la spectaculaire opération “mains propres” menée depuis un an à Chongqing, Wen Qiang a été mis à mort mercredi pour corruption et relation avec le crime organisé.

Selon le verdict du Tribunal rapporté par l’agence Xinhua, Wen Qiang, ancien directeur adjoint du Bureau de la sécurité publique, puis du Bureau de la justice de Chongqing, aurait perçu entre 1996 et 2009 plus de 12 millions de yuans de pots-de-vins (1,4 millions d’euros environ).

En échange, il offrait des postes de fonctionnaires et aidait entreprises et businessmen à faire des “profits illégaux”.

Hier, les articles de la presse chinoise sur l’exécution reprenaient en grande partie l’article original de l’agence Xinhua, signe d’une volonté gouvernementale de contrôler sa communication sur la question sensible de la corruption.

Les pays étrangers à la rescousse

Cependant, pour Pékin, la lutte contre la corruption n’est pas qu’une affaire d’image. Certes, c’est en partie pour conforter une opinion publique qui y voit le problème n°1 du pays que les autorités tentent depuis longtemps de s’y attaquer. Très médiatisée, l’opération “main propres” en est une démonstration.

Mais le gouvernement est également inquiet des nombreux cas de fuite à l’étranger de citoyens chinois emportant avec eux des milliards de yuans.

Des chiffres publiés en 2008 par le Ministère de la Sécurité Publique indiquaient que plus de 800 citoyens chinois accusés de détournements de fonds d’une valeur totale de près de 70 milliards de yuans (8,1 milliards d’euros) avaient quitté le pays.

Pour tenter d’endiguer ces détournements massifs, Pékin cherche de l’aide à l’étranger. Après avoir signé en 2006, la Convention des Nations Unies contre la corruption, la Chine a signé des accords d’extradition avec plus de 30 pays, dont la France, pour pouvoir récupérer les fuyards et leur argent.

Rappelée à l’ordre par la Banque Mondiale pour des affaires de pot de vin en Afrique, la Chine participe désormais régulièrement à des réunions du groupe de lutte contre la corruption de l’OCDE.

La Chine toujours en mauvaise position

Pour Pékin, il s’agit également de s’affirmer comme un acteur digne de confiance sur la scène internationale.

“La corruption reste l’un des obstacles à l’investissement étranger en Chine, a expliqué Violet Ho, directrice d’une entreprise de consulting sur les risques internationaux au South China Morning Post. Le gouvernement en est tout à fait conscient et tente de trouver des solutions”, estime t-elle.

Mais malgré la bonne volonté apparente du gouvernement chinois, le pari est loin d’être gagné.

Lors de l’Assemblée Nationale Populaire en mars, le procureur général Cao Jiangming a rendu public un rapport expliquant qu’en un an, la justice avait enquêté sur près de 32000 cas incluant détournement, pots-de-vins, manquement au devoir et autres crimes relatifs au travail. Près de 3200 fonctionnaires avaient été punis par la loi pour corruption.

Et dans les classements internationaux, la Chine est toujours en mauvaise position. 79e sur 180 à l’Index sur la Corruption et la Transparence Internationale, c’est la quatrième plus mauvaise élève du G20 en la matière, juste devant l’Argentine, l’Indonésie et la Russie.