Y a t-il un danger que la Chine oublie le passé ?

Ajouté au 12/07/2010 par SHI Lei

Deux des sujets principaux auxquels le Gouvernement chinois s’est attaché ces dernières années, en plus du développement économique, ont été l’éducation et la promotion de la culture et de l’Histoire. Le Gouvernement chinois s’est attaché à renforcer les sentiments de ses citoyens en célébrant les évènements majeurs de la riche Histoire de Chine.

Cependant, en dépit du fait que l’Histoire a été une puissante force d’unification dans l’Empire du Milieu, mais aussi parfois semeuse de discorde au sujet, par exemple, de l’interprétation des récents évènements sino-japonais, les deux sphères de l’éducation et de l’Histoire à l’université ne font apparemment pas bon ménage en Chine.

Avant d’avoir enquêté sur le système éducatif chinois, il est peu probable qu’un observateur se soit rendu compte de l’importance décroissante de l’Histoire en tant que sujet universitaire pour les jeunes Chinois. Il y a en effet 42 matières de licence liées à l’Histoire qui sont enseignées dans les plus grandes universités publiques de Chine, y compris quatre cours d’Histoire du Monde à l’Université du Henan, l’Université du Shandong, l’Université Normale du Shandong et l’Université de Wuhan respectivement (les observateurs extérieurs pourront faire remarquer que ce nombre est bien trop faible d’ailleurs). C’est seulement quand on a creusé un peu plus et parlé avec ceux qui sont passés par, ou font actuellement partie du système éducatif chinois, qu’il devient clair que l’Histoire ne figure certainement pas à l’agenda de nombreux étudiants chinois.

Moi, j’ai étudié l’Histoire à Oxford. Jusqu’à présent, cela a été l’expérience la plus agréable et la plus stimulante de ma vie. Cependant, ma fierté en a pris un coup de suite quand je suis arrivé pour la première fois en Chine et qu’un étudiant âgé de vingt ans, spécialisé dans la gestion touristique, m’a demandé pourquoi j’avais choisi d’étudier l’Histoire. J’ai fort honnêtement répondu que j’avais choisi cette discipline parce que je l’aimais. Il a semblé interloqué, et a entrepris de reformuler sa question. « Non, ce n’est pas ce que je voulais dire ; ce que je voulais dire, c’est quel boulot vous pouvez décrocher avec un diplôme d’histoire ? »

J’ai compris presque instantanément la psychologie de ce jeune homme, qui est entré dans le système éducatif chinois dans une époque de développement économique, quelque chose pour lequel le Gouvernement Central a beaucoup travaillé. En Chine, l’éducation supérieure est un moyen d’arriver à un objectif, et cet objectif, c’est un travail.

Bien sûr, chercher à obtenir une qualification qui vous servira après que vous ayez quitté l’université, cela a un sens. C’est particulièrement vrai d’ailleurs quand on considère le coût des études en université en Chine, tant publiques que privées, et que l’on songe en même temps au salaire moyen d’un col blanc (5 000 Yuans par mois). La plupart des diplômes professionnels que proposent les universités chinoises aux étudiants leur fournissent des compétences immédiatement utilisables, dont ils ont besoin pour entrer sur un marché du travail de plus en plus difficile.

Cela étant, n’est-il pas important d’enseigner les methods d’analyse historique ? Car après tout, ces compétences d’analyse ne se confinent pas seulement à l’Histoire, mais peuvent aussi s’appliquer à un certain nombre d’autres professions comme le journalisme, le droit et la fonction publique. Ceux des étudiants qui quittent l’université avec un diplôme professionnel sont quelque peu limités dans le choix des emplois possibles, et ils partent avec une série de compétences qui ne leur offrent qu’une niche très limitée, manquant souvent de la véritable force intellectuelle dont ont besoin les affaires qui réussissent.

Qui plus est, que deviendra la véritable valeur de l’Histoire chinoise si elle n’est pas étudiée dans le seul but d’enquêter sur elle ? Elle deviendra alors simplement une Histoire que les gens prendront pour argent comptant.

Pour un pays dont l’Histoire est si intéressante et si passionnante, l’Histoire devrait être une des pièces maîtresses de son système éducatif, comme c’est le cas dans les meilleures universités occidentales dans lesquelles tant d’étudiants chinois aspirent à étudier. Etudier l’Histoire chinoise est sans aucun doute une tâche effrayante, et certaines époques ont probablement davantage d’attrait que d’autres (particulièrement ce qui concerne les cent dernières années). Cependant, la valeur des études d’Histoire devrait être reconnue en Chine, non seulement par les étudiants, mais aussi par le monde du travail.

Car les diplômés en Histoire non seulement développent, de part leurs études, un haut niveau d’auto-discipline, mais aussi une indépendance d’esprit qui fait certainement défaut à un certain nombre de disciplines professionnelles enseignées à coups de manuels. Manifestement, le Gouvernement reconnait l’importance de l’Histoire, en faisant une bannière pour ses citoyens, et il en a montré une fort astucieuse compréhension de son importance dans ses efforts pour favoriser les relations internationales, comme par exemple la décision prise il y a quatre ans de coopérer dans le domaine de la recherche historique avec le Japon, quand on songe à l’Histoire moderne de la région, lourde.

Sans aller jusqu’à faire du prosélytisme auprès des parents chinois pour qu’ils songent tous à envoyer leurs rejetons à l’université pour y étudier l’Histoire, il est tout de même vital de comprendre que l’Histoire est, en tant que concept, importante pour la Chine, et ne pourra le demeurer que si le pays est en mesure de fournir des universitaires formés localement, capables d’explorer les méandres de sa propre Histoire, très exigeante.