L’Europe hésite encore sur le statut d’économie de marché de la Chine

Ajouté au 31/05/2010 par SHI Lei

L’Union Européenne n’est toujours pas prête à reconnaitre le statut d’économie de marché à la Chine, a déclaré jeudi le Président du Parlement Européen, Jerwy Buzek, en visite.

M. Buzek a fait ces remarques seulement deux jours après que les Etats-Unis aient accepté de reconnaitre ce statut à la Chine dès que possible, après la fin du deuxième Dialogue Economique et Stratégique entre les deux pays.

Dans un entretien avec le China Daily, Jerzy Buzek a déclaré être venu à Beijing pour renforcer la coopération entre la Chine et l’Union Européenne, dans un contexte de défis mondiaux en augmentation, tout en pressant les deux parties de résoudre leurs différences-clés dans le domaine des lois et des droits.

Mais le Président du Parlement, âgé de 69 ans, a catégoriquement démenti que le Parlement Européen soit anti-chinois, bien que cette institution ait provoqué la colère de Beijing sur des sujets comme le Tibet ou les droits de l’homme ces dernières années.

La Chine doit « remplir les conditions » imposées par l’Union Européenne afin qu’elle lui reconnaisse le statut d’économie de marché, a dit M. Buzek, ajoutant que « ce n’est pas très éloigné du point de vue investissement des entreprises européennes ».

« Si vous n’appliquez pas vos lois, qui sont pourtant préparées de manière correcte, il vous sera très difficile de dire que vous êtes une véritable économie de marché », a-t-il dit, se référant également à l’Engagement International sur les Droits Civils et Politiques

L’Engagement, adopté par l’Assemblée Générale des Nations Unies en 1966 et entré en vigueur en mars 1976, impose aux parties signataires à respecter les droits civils et politiques des individus, y compris le droit à la vie et la liberté de religion.

La Chine a signé cet Engagement en 1998, « mais il n’est pas encore ratifié », a ajouté M. Buzek. « Et nous attendons l’application de cet Engagement »

De même, l’Union Européenne a établi cinq critères pour la détermination du statut d’économie de marché, dont des déclarations sur la détermination de la demande de marché et le contrôle gouvernemental.

Mais pour Zhang Tong, Experte en droit européen à l’Université de Droit et de Sciences Politiques de Beijing, « les critères propres à l’Union Européenne ne sont pas nécessairement raisonnables ».

Ainsi, dit-elle, l’Union Européenne avait auparavant procédé à l’évaluation du statut de la Chine et de celui de la Russie, et dit que le développement du marché de la Russie était inférieur à celui de la Chine. « Pourtant elle a reconnu le statut d’économie de marché à la Russie en 2002, peu après que les Etats-Unis l’aient fait ».

D’après Mme Zhang, les remarques du Président Buzek montrent que l’Union Européenne continue à juger les autres pays au travers de ses propres valeurs. « Et maintenant, elle essaie d’évaluer la Chine au traver de ses propres jugements de valeur ».

La Chine cherche à obtenir le statut d’économie de marché depuis que le Gouvernement a pris la décision de réformer son système économique en 1984, ainsi que l’a rapporté l’Agence Xinhua. Obtenir ce statut permettrait au pays d’éviter les mesures punitives et anti-dumping.

L’Union Européenne est le plus grand partenaire commercial de la Chine, tandis que la Chine en est le deuxième plus grand pour le bloc des 27 pays.

Mais les liens bilatéraux ont été marqués ces dernières années par des conflits commerciaux avec, au centre, des mesures anti-dumping.

En 2008, l’Union Européenne a débuté six enquêtes anti-dumping contre des importations chinoises comme l’acier inoxydable, les attaches et les chaussures.

En 2009, l’Union Européenne a commencé à imposer des droits anti-dumping contre les bougies faites en Chine et proposé une augmentation des droits sur les importations de chaussures en cuir à hauteur de 16,5% en décembre.

En dehors du statut d’économie de marché, Jerzy Buzek a dit qu’il voyait également des problèmes en Chine au sujet des droits civiques et des droits des minorités.

Et il a confirmé que le Parlement Européen discutait de la nomination d’un envoyé spécial au Tibet, et appelé cette initiative « une grande attente » dans l’Union Européenne.

« Nous ne sommes pas contre la Chine », a dit M. Buzek, ajoutant que « de notre point de vue, les problèmes des minorités sont très importants ».

Fang Lexian, Expert en études européennes à l’Université Renmin de Chine, a déclaré que Beijing devrait rester vigilante et s’opposer à cette action.

Il a signalé que le Parlement Européen a commencé à parler de cette nomination dès 2008.

« Nous devons utiliser tous les moyens pour dire à l’Europe que le Tibet est une affaire intérieure de la Chine, et que ce sujet ne doit pas être internationalisé », a-t-il dit, ajoutant qu’il est peu probable que la Commission Européenne, l’institution décisionnaire de l’Union Européenne, soit d’accord avec cette nomination.